Les bactéries intestinales en renfort contre le cancer

Des chercheurs de l’Institut Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Institut Pasteur et de l’Inra ont fait une découverte assez étonnante sur la façon dont les traitements de chimiothérapie anticancéreuse agissent plus efficacement grâce à l’aide de la flore intestinale.

Celle-ci, composée de 100 000 milliards de bactéries, constitue un véritable organe car les espèces bactériennes qui le composent exercent des fonctions cruciales pour la santé comme l’élimination des substances étrangères à l’organisme et potentiellement toxiques ou le maintien à distance de pathogènes qui nous contaminent. Elles assurent également la dégradation des aliments ingérés pour une meilleure absorption intestinale et un métabolisme optimal. Ces milliards de bactéries colonisent l’intestin dès la naissance et jouent un rôle clef dans la maturation des défenses immunitaires.

Or les chercheurs, dont les travaux sont publiés le 22 novembre dans la revue Science, viennent de démontrer que la flore intestinale stimule les réponses immunitaires d’un individu lors d’une chimiothérapie et aide ainsi l’organisme à mieux combattre les tumeurs.

En effet, la cyclophosphamide est l’un des médicaments les plus utilisés en chimiothérapie. Comme tout traitement, il entraine cependant des effets secondaires comme une inflammation des muqueuses et perturbe l’équilibre normal de la flore intestinale. En fait, les chimiothérapies font apparaître des petits trous dans la paroi intestinale. Du coup, les bactéries, qui restent en principe dans le tube digestif, arrivent à sortir de l’intestin et se retrouvent dans la circulation sanguine.

Considérées comme néfastes par l’organisme, ces bactéries vont être à l’origine d’une réponse immunitaire. Or cette réaction en chaine, qui est en fait un effet secondaire du traitement, va s’avérer en réalité très utile. « De façon surprenante, la réponse immunitaire dirigée contre ces bactéries va aider le patient à lutter encore mieux contre sa tumeur en stimulant de nouvelles défenses immunitaires », explique Laurence Zitvogel, directrice de l’Unité Inserm 1015 « Immunologie des tumeurs et immunothérapie » à l’Institut Gustave Roussy. Maintenant que ces bactéries “bénéfiques” potentialisant la réponse immunitaire anti-tumorale ont été identifiées chez la souris, les chercheurs espèrent trouver un moyen de fournir ces bactéries aux patients sous chimiothérapie, notamment via des pro- ou pré-biotiques et/ou une alimentation spécifique.