Pierre Rosanvallon, sociologue, professeur au prestigieux Collège de France, est le fondateur du site Internet participatif Raconter la vie, qui permet à ceux qui le désirent de témoigner de leurs difficultés, «  et de se rendre compte que d’autres vivent les mêmes épreuves  ». Interview de Pauline Miel, web-éditrice pour le site.

Pauline Miel, web-éditrice, travaille pour le site participatif Raconter la vie, fondé par Pierre Rosanvallon, sociologue et professeur au prestigieux Collège de France. Ce site permet à des anonymes de raconter leur vie et de faire part de leur difficultés. Raconter la vie donne la parole aux inconnus, aux « invisibles », selon les termes de Pierre Rosanvallon. Pauline Miel répond à nos questions.

Pourquoi un tel projet ?

Parce que la vie des «invisibles», comme le dit Pierre Rosanvallon, n’est pas prise en compte. Les vies ordinaires ne sont pas racontées, les voix de faible ampleur ne sont pas écoutées, les aspirations quotidiennes ne sont pas prises en compte. Et pourtant, c’est une richesse. Nul besoin d’être un professionnel de l’écriture pour témoigner. Les paroles brutes y sont considérées comme aussi légitimes que les écritures des professionnels. L’autre but est que les auteurs rentrent en contact les uns avec les autres et de créer une communauté. Raconter la vie est la communauté de ceux qui s’intéressent à la vie des autres. C’est un lieu créateur de liens.

En quoi consiste votre rôle ?

Avec Pierre Rosanvallon, le directeur, Pauline Peretz, la directrice éditoriale, et l’aide d’un développeur, d’un webdesigner et d’un social media manager, nous avons pensé et construit ensemble le site (le versant numérique de Raconter la vie). Une communauté citoyenne d’auteurs et de lecteurs s’est développée, que j’anime au quotidien sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter).
Mais surtout, j’édite chaque texte (je retravaille sur le texte, le titre, etc.) avant de le publier en ligne, en liaison avec les 63 éditeurs communautaires du site.
Je sollicite des récits de vie et recueille en parallèle des témoignages. De plus, je monte de nouveaux partenariats avec des médias, des territoires, des sites internet, des blogs, des bibliothèques, des associations, etc. afin de diffuser au mieux les récits en ligne.
L’idée est de n’exclure aucune parole, aucune voix. Je publie tous les textes que je reçois s’ils sont conformes à notre charte éditoriale. Lorsque je reçois un texte trop long, je propose systématiquement à son auteur de le retravailler sous un angle plus réduit.

Quelle suite donnez-vous au texte ?

Après la publication en ligne, la diffusion sur les réseaux sociaux, nous avons créé des parcours de lecture. Nous invitons chaque mois un lecteur qui écrit un billet sur ces récits. 

Puis je peux diffuser certains textes en fonction de leur thématique sur le site Rue 89, sur infirmiers.com, et je mets parfois en contact des auteurs du site avec certains journalistes qui leur donnent la possibilité de témoigner, que ce soit à la radio ou dans la presse écrite.

Enfin, nous avons dans l’idée de publier une version retravaillée et amplifiée de certains récits en ligne dans la collection de livres. Avec La Barbe d’Omar Benlaala, la collection accueille pour la première fois un auteur du site raconterlavie.fr.

Qui sont vos auteurs et vos lecteurs ?

Nos membres ne sont pas tenus d’indiquer un statut socio-professionnel, une date de naissance et un lieu de vie. Quant à nos lecteurs, je n’ai bien sûr pas cette information. Concernant les auteurs des récits en ligne, les âges sont multiples (de 11 à 90 !), les horizons et expériences variés. Des ouvriers, des retraités, des étudiants, des cadres, des médecins, des avocats, des infirmiers, des travailleurs sociaux, des enseignants, des Cpe, des traducteurs, des chefs d’entreprise, des artisans, des militaires, des secrétaires, des prêtres, des fonctionnaires, des pigistes, des banquiers, des animateurs, des aides-soignantes, etc.