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Le « reste à charge zéro » n’est pas un « 100 % santé », selon la Mutualité Française

Plan pauvreté, plan de transformation du système de santé, réforme du reste à charge zéro... Les annonces du gouvernement se multiplient. Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité Française Sud Paca, alerte notamment sur un « 100 % santé » qui donne l’illusion aux assurés sociaux d’une prise en charge de tous leurs frais de santé sans aucun reste à charge.

Jean-Paul Benoit a donné le point de vue de la Mutualité française lors d'un déjeuner de presse organisé à Marseille le 22 ocotobre.

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron : d'ici à la fin du quinquennat, une prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale et les complémentaires santé de l’optique, ainsi que des prothèses dentaires et auditives, serait mise en place. Une initiative pour lever les barrières de l’accès aux soins dont la Mutualité française salue le principe. Mais Jean-Paul Benoit avertit : « Le gouvernement survend ce dispositif, insuffisamment abouti. Les assurés, qui s’attendent à ne plus rien débourser pour leurs lunettes, leurs frais dentaires ou leur appareillage auditif risquent d’être déçus. » 

En premier lieu, parce que les mises en place progressives ne seront abouties qu’en 2021 pour l’optique, et 2022 pour les prothèses auditives et dentaires. Ensuite, parce que ces mesures ne concernent que ces trois secteurs : « Rien n’est prévu pour les consultations en honoraires libres, l’hospitalisation ou les autres frais de santé qui génèrent des restes à charge. » 

Autre incohérence, et non des moindres : la mesure ne s’adresse qu’aux personnes qui disposent d’une complémentaire santé et exclut donc les 4 millions de Français qui en sont dépourvus. Elle pourrait donc contribuer, selon Jean-Paul Benoit, à accroître les inégalités de santé. Enfin, le dispositif ne s’applique qu’à certaines montures et appareils et ne concerne dans le dentaire que certaines prothèses, en aucun cas l’implantologie. 

Un financement qui reste flou

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (Plfss) 2019, étudié en session plénière au Parlement dès le 23 octobre, prévoit en outre de nouveaux efforts de financement du système de santé et de ses différentes réformes par les mutuelles. L’addition nette de cette mesure est estimée par l’Etat à 1 milliard d’euros. « Sauf que l’Etat n’y participe pas du tout ! L’assurance-maladie y contribue partiellement en augmentant les remboursements. Donc l’essentiel de la prise en charge est supportée par les complémentaires », souligne Jean-Paul Benoit. 

Or, les cotisations des adhérents, qui financent les remboursements des soins, les services aux adhérents, les frais de gestion et les taxes – fixées entre 14 et 21 % –, augmentent déjà régulièrement. La Mutualité française demande donc la suppression de ces taxes sur les contrats de complémentaire santé (elles ont été multipliées par 8 depuis le début des années 2000), ce qui ferait baisser de 14 % les cotisations et permettrait d’absorber le financement du « 100% Santé » sans hausse de cotisation. 

Caroline Albenois

Photo © Caroline Albenois

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