Le professeur François Nicoli, chef du service d’urgences neuro-vasculaires du CHU de la Timone à Marseille revient sur l’annonce de sa démission, en juin dernier, pour protester contre le manque de moyens dans son service.
Peut-on revenir sur les causes de votre démission même si celle-ci n’est pas à ce jour effective ?

Ce sont des causes essentiellement administratives qui ont motivé cette démarche. Depuis un an j’avais donné l’alerte et réclamé du personnel supplémentaire pour le fonctionnement quotidien de mon service, n’ayant qu’un seul collaborateur médical pour faire tourner mon service. Le directeur général de l’AP-HM [Assistance publique–Hôpitaux de Marseille, Ndlr] s’était engagé en ce sens et devait aussi transférer mon service dans le pôle urgences de l’hôpital pour travailler avec des confrères motivés et impliqués dans l’urgence au quotidien et qui m’auraient aidé au quotidien.

Plusieurs mois après, aucune suite n’était donnée à ma demande. J’en étais à assurer 17 gardes mensuelles depuis 8 mois sans repos compensateur le lendemain et sans possibilité de prendre mes congés.

Lorsque la plus haute instance d’un établissement hospitalier ne tient pas ses engagements, il y a de quoi se poser des questions. Surtout après avoir fait, gratuitement pour cette institution, cinq années consécutives d’astreinte quotidienne permanente pour ce qu’on appelle “les urgences thrombolyses” afin de garantir le meilleur soin au patient eu égard aux moyens qu’on ne me donnait pas.

En dépit de mes messages répétés, le silence a été total. On ne m’a pas pris au sérieux. Il faut savoir que je ne suis pas à l’hôpital public pour l’argent, je n’ai jamais assuré de consultations privées et je n’ai aucunement l’intention de rejoindre le secteur privé.

Simplement, ma requête n’étant pas suivie d’effet, j’ai décidé de donner ma démission. Je ne pouvais plus – avec l’aide d’un seul collaborateur – assurer la sécurité de mes patients ni assumer mes fonctions universitaires, d’où ma décision de démissionner de mes fonctions hospitalières et universitaires simultanément. En médecine, le meilleur enseignant est celui qui pratique, encore faut-il qu’on lui donne le temps d’exercer ces fonctions.

Privé de moyens, je partais, sans faire d’éclats, mais, par la suite j’ai dû faire face à une campagne de diffamation. Aussi pour laver mon honneur j’ai décidé d’expliquer publiquement ma décision.

L’AP-HM de son côté affirme vous avoir proposé du personnel supplémentaire…

Plus exactement, la réponse de l’AP-HM masque la réalité en détournant le problème. En fait, l’AP-HM ne m’a pas donné les moyens pour avoir plus de collaborateurs au quotidien et ne me l’a jamais proposé. Simplement, elle me proposait de mettre sur le tableau de garde de mes urgences neuro-vasculaires, des neurologues non spécialisés dans la prise en charge des AVC mais déjà présents dans l’institution. Le problème, c’est aussi que ceux à qui je l’ai proposé ont refusé !

Il faut savoir par ailleurs qu’il y a de graves dysfonctionnements dans de nombreux hôpitaux. C’est la rentabilité qui prime, en cette période de crise financière. Et on perd de vue le patient.

Si mon action peut servir à rendre plus visibles les difficultés que rencontrent nombre de mes collègues, ce sera positif.

Votre démarche a suscité un afflux de réactions à Marseille et dans la région

J’ai été très touché de la vague de soutien qui a déferlé. J’ai reçu des témoignages de sympathie de personnalités, de chefs de service comme moi, de l’ensemble de la communauté médicale y compris de l’AP-HM, et notamment de tous les urgentistes et SAMU de Paca qui se sont énormément mobilisés, mais aussi d’internautes, d’anonymes, d’ex-patients, et ce dans la France entière.

Mais l’élément décisif, ça a été le soutien du ministère de la Santé et notamment un coup de fil du ministre de la santé, M. Xavier Bertrand en personne. Il m’a indiqué que cette situation à son sens était un gâchis, vu les résultats que nous enregistrons au stroke center et aux plus de 700 vies sauvées. Ses services mènent actuellement une médiation avec l’AP-HM. Je ne demande pas mieux.

Et si la médiation entre le ministère et l’AP-HM aboutit ?

Il faut savoir que j’ai d’ores et déjà contacté des confrères neurologues vasculaires de très haut niveau et de très grande valeur, nous avons déposé un projet écrit et attendons, vu les enjeux et le conflit, que les instances concernées s’engagent par écrit et sur le long terme, sur quelque chose de vraiment carré et de professionnel. Mon équipe potentielle a besoin de certitudes.

Pour l’heure, je suis fatigué, en arrêt maladie. Je me tiens en retrait et ma volonté de quitter l’établissement n’a rien perdu de sa pertinence si la médiation échoue.

Si elle aboutit, je reprendrai le chemin de l’hôpital, je le dois à tous ceux qui m’ont soutenu et au gouvernement qui m’aura entendu.