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Système de soins

Le Medef s'attaque à la santé 

C'est une première. Les acteurs privés de la santé se sont regroupés au sein du Medef. Ils ont décidé de  livrer leur contribution à la Stratégie nationale de santé. Sans doute galvanisés par les dernières déclarations de Manuel Valls concernant les 50 milliards d'euros d'économies sur les dépenses publiques, ils proposent une privatisation radicale de notre système de santé.

Pour les rapporteurs, « Llaa France fait supporter l’essentiel des efforts de régulation de la dépense par les acteurs privés (médicaments, dispositifs médicaux, hospitalisation privée, médecins libéraux…), choix dangereux qui menace la croissance et l’emploi dans ces secteurs d’excellence française, mais également choix injuste dans la mesure où les économies engendrées sur ces secteurs privés sont absorbées par d’autres acteurs, notamment publics ».

Pour le Medef, il faut en finir avec un système de santé «étatisé». Il propose un certain nombre de pistes visant à libéraliser le système et à l'ouvrir à la concurrence

Hôpital : supprimer des lits

Pour le Medef, il faudrait recentrer l’hôpital sur la prise en charge des cas lourds et complexes et les urgences avérées, et favoriser les alternatives à l’hospitalisation complète. « Il faut aussi aller au bout de cette logique, ce qui impliquera de réduire les surcapacités hospitalières et notamment le nombre de lits en soins aigus, soit par la suppression, soit par la reconversion de lits. »

Urgences : les ouvrir au privé

La question des urgences hospitalières est « emblématique des rigidités du système hospitalier actuel » : avec 1 100 cliniques sur le territoire, l’hospitalisation privée propose seulement 132 services d’urgences. «Le recours aux établissements privés qui souhaitent développer une activité d’urgences doit être plus systématique. » Mais les autorisations sont en fait (et pas en droit) le privilège du secteur public, déplore l'organisation.

Encore plus de T2A

Alors que tous les professionnels du secteur dénoncent les effets pervers de la T2A sur la qualité des soins, le Medef, préconise, lui, encore plus de T2A afin d’engager les établissements de santé publics et privés dans une démarche de performance accrue. Pour y parvenir, il préconise de donner une autonomie plus forte aux hôpitaux et, en contrepartie, de responsabiliser les gestionnaires et les équipes médico-administratives sur les résultats obtenus. Selon le Medef, la tarification à l’activité (T2A)  constitue le système de financement le plus efficient et  a été un réel progrès par rapport à la dotation globale « notamment pour les hôpitaux publics pour lesquels la T2A a été un véritable levier de performance ». Le syndicat des patrons demande aussi la mise en place d'une convergence tarifaire sur les actes standards entre les deux secteurs, public et privé, dans un souci d’équité entre les acteurs et de plus grande transparence.

L'hôpital public offert en pâture aux cliniques

Autre idée qui va faire grincer des dents. Le Medef souhaite  prévoir une situation de « quasifaillite » des établissements publics conduisant à la reprise de la gestion par un autre établissement ou un groupe de cliniques, en cas de résultats très dégradés. Un tel système doit viser à mettre fin à la pratique des « rallonges budgétaires » accordées aux hôpitaux publics en cas de situation dégradée, qui ne serait «ni juste visàvis des autres acteurs, ni saine en termes de gestion».

Moins de malades en Ald

Le Medef propose de gérer de façon «plus dynamique» le régime des affections de longue durée (Ald) en leur donnant une définition de la notion «d’affection longue et coûteuse, en facilitant les entrées et sorties dans le régime, en distinguant le niveau de prise en charge en fonction du stade de la maladie ».

Patients responsables... ou coupables

Il s'agit de «faire du patient un acteur à part entière de sa santé» en renforçant l’information, l’orientation et l’accompagnement des assurés. Les patients devront également être davantage responsabilisés sur leurs pratiques, ce qui passe par une meilleure information sur la sécurité et la qualité du système de soins. Il faudra aussi rendre le système de remboursement plus lisible et plus responsabilisant, y compris financièrement. 

Encourager l'automédication

Les Français consommeraient trop de soins ? Oui, estime le Medef qui voudrait voir développer les actions favorisant le développement de l’automédication pour les maladies bénignes sur les conseils du pharmacien… A plus long terme, l’autonomie du patient sur des actes simples pourrait être encouragée (prise de la tension artérielle, vérification du poids…). 

Tu es malade ? Tu dois payer

Annoncé par Marisol Touraine pour 2017, le tiers payant généralisé chez les médecins devrait permettre un meilleur accès aux soins. Pas question, estime le Medef, qui préconise à l'inverse d'instaurer un ticket modérateur d’ordre public par acte et/ou par parcours de soins, qui ne serait remboursé ni par l’assurance-maladie obligatoire, ni par les organismes complémentaires ; de même, en matière de prestations en espèces, mettre en place un jour de carence d’ordre public, qui ne serait pris en charge ni par l’assurance-maladie, ni par les employeurs. 

Vers une Sécu privée

Le Medef s'insurge contre un modèle de Sécurité sociale étatique « incompatible avec les objectifs de redressement des comptes publics et sociaux et l’amélioration de la compétitivité des entreprises» . Le syndicat lui préfère un « modèle concurrentiel » qui présenterait  d’importants avantages, en particulier, «en allégeant  les charges pesant sur les entreprises, de laisser un espace de liberté aux assurés d'aller vers la Sécurité sociale ou vers des assureurs privés ».

 

 

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