Le lien entre diabète de type 2 et cancer du sang mieux compris

Des anomalies chromosomiques pourraient expliquer le risque accru de cancer du sang chez des patients atteints de diabète de type 2, selon une étude franco-britannique publiée dans la revue Nature Genetics.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 347 millions de personnes sont atteintes de diabète dans le monde, une maladie métabolique qui se traduit par une élévation anormale du taux de sucre (glucose) dans le sang. Plus de 90% sont atteints du diabète de type 2 qui apparaît généralement à l’âge adulte et qui est notamment favorisé par l’obésité et un mode de vie sédentaire. On sait aussi que le diabète est lié à un risque accru de cancers hématologiques comme la leucémie ou les lymphomes.

Or une équipe franco-britannico-qatari coordonnée par le Professeur Philippe Froguel du laboratoire Génomique et maladies métaboliques (CNRS/Université Lille 2/Institut Pasteur de Lille), en collaboration avec des équipes rattachées à l’Inserm, à l’AP-HP et aux universités Paris Diderot et Paris-Sud a montré que la présence de certaines anomalies chromosomiques chez les malades présentant des complications vasculaires – que ce soit au niveau des yeux (rétinopathie), des reins (néphropathie) et du coeur (infarctus notamment) pourrait en partie expliquer la surmortalité par cancer chez les patients présentant un diabète de ce type. Leurs travaux ont été publiés le 14 juillet sur le site de la revue Nature Genetics.

En 2012, deux études publiées dans Nature Genetics avaient déjà montré que de larges anomalies chromosomiques clonales en mosaïque (ACM) touchant de grandes portions de chromosomes voire leur intégralité, apparaissaient dans l’ADN de cellules sanguines ou salivaires de certaines personnes vieillissantes. Ces travaux ont en outre suggéré que les ACM prédisaient le risque de cancers, notamment de leucémies, chez ces individus. La fréquence des anomalies chromosomiques de type ACM est en effet négligeable chez les individus de moins de 50 ans, alors qu’elles touchent 2% des personnes de plus de 70 ans chez qui elles décuplent le risque de cancers, notamment hématologiques.

L’équipe de Philippe Froguel s’est alors demandée, si tout comme le grand âge, le diabète de type 2 entraînait aussi l’apparition d’anomalies chromosomiques de type ACM dans les cellules sanguines. Pour cela, les chercheurs ont analysé, grâce à une technologie d’analyse génétique qui repose sur des puces à ADN, l’ADN sanguin de 7 437 individus de plus 50 ans, incluant 2 208 patients présentant un diabète de type 2. Résultat : la fréquence des porteurs d’ACM est quatre fois plus élevée chez les patients présentant un diabète que chez les personnes témoins. De plus, les chercheurs ont montré que les diabétiques porteurs de ces anomalies chromosomiques avaient un diabète bien plus sévère avec la présence de complications vasculaires (aux yeux, aux reins ou au cœur). La présence de certaines anomalies chromosomiques de type ACM pourrait ainsi en partie expliquer la forte fréquence de cancers chez les diabétiques de type 2.

Cette étude pourrait avoir des implications cliniques importantes, notamment pour détecter des états précancéreux chez certains diabétiques. Une analyse génétique utilisant les puces à ADN pourrait ainsi être proposée, principalement chez des patients avec un diabète de type 2 sévère associé à des complications vasculaires précoces.