Portrait de Didier Marchand, nouveau président de la Mutuelle de France Roanne, salarié de longue date de l’hôpital de Roanne et secrétaire du syndicat Cgt.

Pour Didier Marchand, succéder à Dominique Lebeau à la présidence de la Mutuelle de France Roanne ne constitue pas qu’un engagement de plus au sein d’une vie militante déjà bien remplie. Ce mandat revêt pour lui une signification particulière, puisque c’est son propre père, Maurice Marchand, qui fonda la Mutuelle familiale des travailleurs de la Loire, au sein des Ateliers roannais de construction textile (Arct). « Je suis né dans une famille très engagée dans l’action politique, mutualiste et syndicale ; j’ai été bercé par ça toute mon enfance », sourit cet agent hospitalier, secrétaire général du syndicat Cgt de l’hôpital de Roanne, très impliqué notamment dans le sujet des emprunts toxiques1.

Son engagement se concrétise en 1982, lorsqu’il commence à travailler à l’hôpital de Roanne et se syndique dans la foulée. Depuis, il n’a jamais cessé de lutter : « On n’a pas le choix. Il faut continuer. Moi, je suis un éternel optimiste… Et puis, quand ça devient difficile, il y a souvent de grands moments de solidarité et de fraternité qui font chaud au cœur »…
Didier sait de quoi il parle. L’appui des autres, il en a eu farouchement besoin ces dernières années : il fait en effet partie des fameux cinq syndicalistes de Roanne inquiétés pour avoir tagué la route lors de la venue de Nicolas Sarkozy dans leur ville en 2010. Leur refus de se soumettre à des prélèvements d’Adn aggrave leur cas. Le tribunal de Roanne prononce leur relaxe le 17 décembre 2013. Mais le procureur général fait appel de ce jugement… Les cinq ont fait déposer par leur avocat un recours en annulation de l’appel du parquet de Lyon. La bataille juridique dure à présent depuis trois ans et demi. Mais tout cela n’a pas freiné Didier dans ses activités, il n’en est que plus attaché à la défense de la liberté syndicale. Son moteur, c’est un sentiment d’insatisfaction chronique : «  J’ai toujours l’impression de ne pas en avoir fait assez pour les gens… C’est le goût de l’autre qui me fait avancer ! » Aussi, comme si ses activités syndicales au sein d’un hôpital en grande difficulté financière ne suffisaient pas, il a été candidat aux élections municipales sur une liste Front de gauche. Et le week-end, il fait du bénévolat dans un club sportif qui gère une piscine d’été.

En tant que président de la mutuelle, Didier entend favoriser la concertation et le débat au sein de celle-ci. « Ma priorité, c’est d’assurer la continuité de ce qui s’est fait depuis la création de la mutuelle et de pouvoir proposer une évolution positive des prestations. On est une mutuelle de proximité. Chez nous, les gens viennent chercher des prestations, mais aussi de l’écoute, un contact. Ce service, c’est une valeur ajoutée qu’on ne veut pas perdre… »

Aujourd’hui, la mutuelle a une bonne situation financière, est propriétaire de ses murs, a du patrimoine, mais elle doit faire face au vieillissement de ses adhérents historiques, au turnover des nouveaux adhérents, qui sont dans la course au tarif…

Comment dès lors survivre dans un univers aussi concurrentiel ? Quelles réponses apporter aux personnes qui renoncent à se soigner ? Autant de questions à la résolution desquelles le nouveau président devra s’atteler, avec sa combativité habituelle. Mais nulle inquiétude à avoir, du courage, il n’en manque pas ! Il n’avait que quatorze ans quand il a perdu son papa. Aujourd’hui, père de trois enfants, il songe à ses deux petites-filles : « C’est pour cela qu’il ne faut pas baisser les bras. Il faut transmettre inlassablement nos valeurs et nous battre… », dit-il simplement.

  1. Dans son prochain numéro, Viva reviendra sur le sujet dans un dossier consacré à l’hôpital.