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Le don, antidote à la marchandisation du corps

La Fédération des Mutuelles de France organise des débats pour alimenter la réflexion sur les questions de bioéthique. A Toulouse, la rencontre portait sur la marchandisation du corps humain.

Alors que la loi sur la bioéthique est en cours de révision, la Fédération des mutuelles de France (Fmf) souhaite apporter sa pierre à la réflexion sur les questions de plus en
plus nombreuses que posent les biotechnologies.

Pour Patrice Fort, vice-président de la Fmf, « il s’agit d’envisager la place de l’individu dans le système de santé et le protéger dans son intégrité face aux possibles dérives des biotechnologies. Il existe des risques importants portés notamment par le secteur lucratif ».

Les invités à ces débats, s’ils ne reflètent pas nécessairement la position de la Fmf, apportent d’utiles éléments d’information et d’analyse. Thème du débat organisé le 17 mai à
Toulouse : « Les risques de marchandisation du corps humain ». Parmi les
intervenants ce jour-là, le généticien Nicolas Borot, longtemps chercheur en génétique au Cnrs, opposé à la rémunération des dons d’organes et de gamètes et qui voit dans le don un outil égalitaire pour les donneurs comme pour les receveurs.

Avec les biotechnologies, la recherche et les actes médicaux interviennent sur un terrain qui ne relève ni du curatif ni du préventif. C’est le cas entre autres de la procréation médicalement assistée (Pma), actuellement réservée en France à des couples infertiles. La recherche s’efforce aujourd’hui de réduire le nombre d’échecs et la part d’aléatoire. « Mais
l’infertilité n’est pas une maladie, elle ne met pas en danger l’individu », précise Nicolas Borot.

Par ailleurs, on manque de donneurs de gamètes et d’organes. Faut-il alors les rémunérer ? « Si on rémunère, ce n’est plus un don, répond Nicolas Borot. Dans le corps humain, on ne peut pas se séparer de tout sans conséquences. Le sang et le sperme se renouvellent, pas les reins ni les poumons. Si on vendait un organe ou un produit humain, comment déterminerait-on sa valeur ? Par la loi de l’offre et de la demande ? Dans ces conditions, pourquoi ne pas rémunérer la famille d’une personne décédée surlaquelle on aurait prélevé
un organe ! Je suis contre ces pratiques. La loi française me paraît adaptée : on prélève sur
le corps humain ce qui peut servir à une autre personne. Le don permet que les greffes
d’organes et l’utilisation de gamètes restent en dehors du secteur marchand. Le
don met tous les donneurs à égalité, les receveurs aussi. »

Mais alors comment répondre au besoin croissant de greffons ?« Ce besoin augmente
avec le vieillissement de la population et avec le développement des techniques de greffe. Dans les années 1950, on ne greffait que des reins, aujourd’hui on greffe même des visages.
Il y aura toujours un déséquilibre entre l’offre et la demande. » De même, le besoin en gamètes ne va-t-il pas s’accroître si la future loi élargit le champ d’application de la Pma ? « Je comprends la frustration, les souffrances terribles d’un couple qui ne peut pas avoir d’enfant. Pour autant, avoir un enfant est-il un droit ? Je n’en suis pas certain. Le droit, c’est l’édiction de règles de vie commune, pas le catalogue de nos désirs à satisfaire. La question est de savoir comment la société met les citoyens dans les meilleures conditions
pour favoriser les dons d’organes ou de gamètes. Le don, c’est un acte de solidarité. »

Bruno Vincens

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