Alors que le gouvernement devrait bientôt annoncer sa stratégie pour protéger la population des perturbateurs endocriniens, la liste des risques probables d’une exposition au bisphénol A (Bpa) s’alourdit. Une étude publiée dans The American Journal of Pathology et coordonnée par Katia Jedéon, chercheuse à l’Inserm, indique que le Bpa pourrait altérer l’émail de nos dents.

Ces travaux montrent, en effet, que des taches blanches ou jaunâtres apparaissent sur les dents des rats exposés à faibles doses à cette substance chimique. Pour la scientifique, qui avait présenté ces résultats lors d’un colloque organisé les 10 et 11 décembre dernier à Paris sur les perturbateurs endocriniens, la présence de ce type d’anomalies sur les dents des enfants pourrait être « un marqueur d’une exposition périnatale au Bpa et à d’autres perturbateurs endocriniens du même type ».

Selon Katia Jedéon, cette découverte est à rapprocher d’un trouble, l’hypominéralisation des molaires et des incisives (Mih), qui touche entre 16 et 18 % des enfants et qui se caractérise par des taches blanches ou jaunes sur les incisives ou les premières molaires. Les causes de ce phénomène, qui apparaît avant l’âge de 6 ans, étaient restées inconnues jusqu’à ce jour. Il pourrait être la marque d’une exposition in utero au bisphénol A ou à un autre perturbateur endocrinien. De fait, seuls les rats exposés au Bpa ont développé ces taches ; elles ne sont apparues chez aucun rat du groupe témoin, autrement dit, ceux qui n’étaient pas en contact avec le produit. Un effet d’autant plus préoccupant que les animaux étaient exposés à des doses dix fois plus faibles que la limite autorisée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

L’étude montre, en outre, que le Bpa interviendrait sur deux gènes, impliqués dans la formation de l’émail. Interdit dans les biberons depuis 2011 et dans les ustensiles pour les enfants depuis 2013, le bisphénol est encore présent dans les plastiques et les résines des boîtes de conserve. Il sera banni de tous les contenants alimentaires en 2015.

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