Le bilan en demi-teinte de la loi sur le handicap

Dix ans après la promulgation de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, le constat autour de sa mise en place est en demi-teinte.

Selon un sondage Ifop commandé par le Comité d’entente des associations de personnes handicapées*, si le texte législatif de 2005 jouit d’une notoriété très satisfaisante auprès de l’opinion publique française (70 % des personnes interrogées déclarent en avoir entendu parler), une majorité ne sait pas précisément quel en est le contenu…

Le caractère nécessaire (92 % du grand public) et prioritaire de la loi (84 %) n’est pas remis en cause sur sa légitimité et son importance. En revanche, le grand public, comme les personnes handicapées, est très mitigé sur les effets concrets de l’intégration des personnes en situation de handicap (62 % du grand public et seulement 52 % des personnes handicapées pensent que la loi a eu des effets concrets), et à l’impact de la loi sur les mentalités (54 % et 52 %). Cette sévérité s’inscrit dans une tendance plus générale : 80 % des Français interrogés considèrent que les pouvoirs publics n’en font pas assez pour le handicap (une part d’autant plus importante que, en période de restrictions budgétaires, l’opinion publique française privilégie les mesures profitant à tous plutôt que les initiatives en faveur de publics spécifiques) et moins de la moitié estime que les pouvoirs publics prennent des mesures concrètes pour améliorer la situation des personnes handicapées en France (47 %) ou des aidants (42 %).

L’emploi : beaucoup reste à faire

L’emploi des personnes en situation de handicap fait l’objet de critiques plus acerbes. L’accès aux formations professionnelles (23 %) et l’intégration dans le monde du travail (20 %) ne s’étant amélioré depuis dix ans que pour moins d’un quart des interviewés en situation de handicap. Pourtant, une fois franchie les portes de l’entreprise, l’intégration des personnes handicapées semble relativement satisfaisante : si un quart des actifs estiment que l’emploi des personnes handicapées n’est pas pris en compte par sa direction (28 %), seule une infime partie d’entre eux questionnerait l’arrivée d’une personne en situation de handicap dans son équipe (8 % se poseraient des questions sur son efficacité, 5 % seraient mal à l’aise et ne sauraient pas comment réagir), la plupart des actifs y étant indifférents (48 %). Cette facile intégration est confirmée par les personnes en situation de handicap travaillant en milieu ordinaire qui sont 84 % à se dire bien intégrées et 70 % à considérer que l’emploi de personnes handicapées est pris en compte par la direction.

De grands progrès à l’école

Comparativement, l’intégration dans les écoles est plutôt mieux ressentie, même si les Français estimant qu’elle s’est améliorée depuis dix ans sont minoritaires (43 % des personnes handicapées, 49 % du grand public). A titre d’exemple, l’intégration d’un élève handicapé semble très bien accueillie par les parents d’enfants scolarisés (45 % estiment que cela serait plutôt positif et 39 % y seraient indifférents) et la quasi-totalité d’entre eux ne verrait pas d’objection à ce que l’enseignant de la classe soit concerné par un handicap (85 %).

Revenus : le point noir

Enfin, le niveau de vie des personnes en situation de handicap constitue l’amélioration la moins bien perçue par toutes les cibles depuis la promulgation de la loi (15 % des personnes handicapées estiment que leur niveau de vie s’est amélioré, 29 % du grand public). Sur ce point d’ailleurs, le grand public témoigne d’une inquiétude plus grande quant à la capacité des personnes en situation de handicap à s’en sortir avec les revenus de leur foyer (90 % considèrent qu’elles s’en sortent difficilement).

 

* Le Comité d’entente est un organisme informel qui regroupe 70 organisations nationales représentatives des personnes handicapées et des parents d’enfants handicapés.