Le 12 mai dernier, l’Association des utilisateurs du Baclofène et sympathisants (Aubes) a organisé son quatrième colloque à Paris. Médecins et patients étaient au rendez-vous pour faire le point sur le Baclofène dont l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm), ex Afssaps, vient d’autoriser la prescription dans le traitement de l’addiction à l’alcool qui touche 2 millions de personnes en France.

Jusqu’alors ce médicament était indiqué comme myorelaxant contre les spasmes musculaires liés à une lésion de la moelle épinière. Après le succès du livre du Dr Olivier Ameisen, « Le dernier verre », publié en 2008, qui relate sa descente aux enfers due à l’alcool et sa guérison grâce au Baclofène, le médicament fait de plus en plus d’adeptes. En 2011, plus de 25 millions de boites ont été vendues chaque trimestre. Les doses varient d’un patient à un autre, la moyenne se situant à environ 150 mgr par jour.

Dans environ 75% des cas, les patients arrêtent de boire totalement ou diminuent considérablement leur consommation. En début de traitement, des effets indésirables peuvent se produire : fatigue, somnolence, vertiges sont les plus fréquents. Généralistes, alcoologues, psychiatres… environ 500 médecins prescrivent actuellement du Baclofène. Le Dr Bernard Joussaume, généraliste à Bandol et président de Aubes, a été un des premiers.

Interview

Pourquoi avait-vous prescrit du Baclofène avant qu’il soit autorisé ?

Un jour un ami m’a téléphoné car il avait entendu parler de ce médicament et il voulait savoir si je pouvais le prescrire à son fils qui n’arrivait pas à se sortir de l’alcool. C’était juste au moment où le Dr Olivier Ameisen venait de sortir son livre où il expliquait qu’en prenant du Baclofène, il s’était guéri de son alcoolo-dépendance. Je l’ai acheté et l’ai lu dans la nuit. C’est comme ça que j’ai commencé à le prescrire. J’ai actuellement 150 patients sous Baclofène. On me parle de manque de rigueur scientifique mais c’est honteux face à des gens qui souffrent et qui ont tout essayé, y compris les cures d’abstinence. Je suis généraliste et je ne peux pas soigner mes patients sans compassion. Pour opérer ou faire un soin technique, un chirurgien n’en a pas besoin. Moi, oui et cela fait 35 ans que j’exerce mon métier ainsi. Une majorité de médecins ne le prescrivent pas car ils sont respectueux du règlement et qu’ils ne prennent pas de risques. Ils ont peur de tout à commencer de l’institution.

Le Baclofène est-il un médicament miracle comme cela a été dit parfois dans les médias ?

Non, c’est un médicament très efficace qui permet de devenir indifférent à l’alcool dans la majorité des cas mais ce n’est pas la panacée pour autant. L’alcoolisme est une maladie complexe qui ne se résume pas à boire en excès, il y a souvent d’autres problèmes derrière qui sont masqués. On ne boit pas par hasard. Pour certaines personnes, l’alcool fait office de médicament quand ça ne va pas, qu’elles sont anxieuses, angoissées, mal dans leur peau…

C’est un euphorisant fantastique sauf que pour avoir toujours les mêmes effets, il faut augmenter les doses et que les dégâts sont considérables sur le foie, le coeur et le cerveau, sans compter les ravages sur le plan familial, professionnel et social. L’alcool est souvent l’arbre qui cache la forêt. C’est pourquoi, outre le Baclofène, il faut accompagner les patients socialement et psychologiquement. Si tout va bien, tant mieux, mais quand la personne a perdu son travail, sa femme, ses enfants… il faut l’écouter et l’aider.

L’arrêt de l’alcool n’est pas simple d’autant que lorsqu’il arrive à ne plus boire, le patient s’aperçoit du gâchis. Beaucoup se demande ce qu’ils ont fait de leur vie. Il faut que le médecin soit prudent, qu’il reçoive aussi l’entourage pour parler de tout ça. Le Baclofène ouvre des horizons mais il est loin de guérir le pourquoi de l’alcoolisme.

Combien de patients prennent du Baclofène actuellement ?

Il y en a environ 30 000 en France. A l’association, nous avons énormément de demandes, les gens cherchent des noms de médecins qui sont susceptibles de leur prescrire. Avec l’autorisation qui vient d’être donnée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm), il va y en avoir de plus en plus. Nos détracteurs sont surtout des médecins hospitaliers qui ne voient jamais les familles. Ils ne vont pas dans les quartiers pauvres où le 5 du mois la femme ne sait plus comment faire pour nourrir ses enfants parce que son mari a déjà bu toute la paie du mois. Moi, je les vois ces gens là. Et je ne peux pas ne rien faire. Le problème, c’est aussi l’industrie pharmaceutique : les comprimés de Baclofène ne sont pas chers mais les laboratoires essaient de mettre au point des molécules qui vont coûter cent fois plus cher.

Pour garantir l’efficacité du médicament, un essai clinique intitulé Bacloville va démarrer le 22 mai sur 320 patients suivis pendant un an qui va revenir à 1,2 millions d’euros. La moitié est fournie par les pouvoirs publics mais sans un mécène qui a donné l’autre moitié, l’essai n’aurait pas pu voir le jour. C’est incroyable face au problème de santé publique que représente l’alcoolisme.

Plus d’infos : www.baclofène.fr