Après un parcours d’esthéticienne classique, Agnès a choisi d’exercer son métier auprès de personnes fragilisées par la maladie. Elle nous raconte son travail où « la proximité physique lors des soins et le toucher favorisent l’intimité, entraînant souvent une libération de la parole et des émotions ».

 

Parlez-nous de votre métier, la socio-esthétique.

La socio-esthétique consiste en l’adaptation du métier de l’esthétique au monde de la souffrance, qu’elle soit physique, psycholiguqe ou sociale. Les socio-esthéticien(ne)s interviennent donc tout autant en milieu hospitalier, que social et carcéral. Nous prodiguons les mêmes soins de beauté qu’une esthéticienne – soin du visage, manucure, soin des pieds, modelage relaxant, maquillage- mais dans un tout autre objectif. Nous travaillons sur la restauration de l’estime de soi, dégradée par la maladie, les traitement ou le vieillissement. Pour exercer la socio-esthétique, il faut un diplôme en esthétique, deux ans d’expérience professionnelle minimum et une formation certifiée par l’État d’environ neuf mois, comprenant un stage en milieu médical ou socio-éducatif. En France, ce cursus est proposé par le Centre de formation à la socio-esthétique, le CODES (COurs D’ESthétique à option humanitaire et sociale), hébergé au CHRU de Tours.

Quant à moi, après un parcours d’esthéticienne classique, j’ai choisi d’exercer à l’hôpital, dans un service d’oncologie. En fonction des besoins du patient, de ses douleurs, je propose un soin adapté : manucure, modelage du visage ou massage pour la détente…
Je travaille en collaboration avec les soignants, nous formons une équipe au service des malades. La socio-esthétique considère le malade comme un tout. Le bien-être que nous apportons en prodiguant des soins aussi simples qu’une épilation, un massage des pieds, des mains peut diminuer l’anxiété et permet au patient quelquefois de prendre de la distance face à sa maladie et aux conséquences des traitements. Il ne s’agit pas seulement de donner des conseils mais d’instaurer une relation de qualité indispensable au retour de l’estime de soi. La qualité du soin mais surtout de la relation sont indispensables. C’est pour cela que j’ai décidé de changer d’orientation, pour vivre une relation avec le patient plus intense et plus vraie que dans l’esthétique traditionnelle où nous sommes plutôt dans le paraître et l’artificiel. Cette expérience m’apporte énormément d’un point de vue de la pratique pure mais surtout dans ma vie de femme.

Comment se passe le financement de votre activité ?

C’est un peu le hic de notre profession. Moi, j’ai la chance d’être salariée de La ligue contre le cancer qui me rémunère mais les statuts sont très différents d’une esthéticienne à l’autre. On peut être salarié de l’hôpital (mais les crédits sont limités) d’une associaiton au sein de l’hôpital (c’est mon cas) ou indépendant (c’est alors le patient ou la famille qui paient les soins directement à l’esthéticienne).

Un souvenir émouvant ?

J’en ai beaucoup mais je me souviens du cas de cette femme âgée en fin de vie dont la famille m’avait fait venir pour lui prodiguer des soins. Elle m’a demandé tout simplement de lui épiler les sourcils. Quand je lui ai demandé pourquoi ce soin, elle m’a répondu que durant toute sa vie, elle n’avait pu le faire car son père et son mari le lui avait interdit, prétextant que cela était pour les “filles de mauvaise vie” ! Mais maintenant qu’elle était au bout de la sienne, elle décidait elle-même ce dont elle avait au fond toujours rêvé, avec la volonté de laisser à ses proches une dernière belle image d’elle-même. Cette dame est décédée quelques jours plus tard…

 


 

 

Pour en savoir plus

En France, s’ouvre en 1979, le premier  « cours d’esthétique à option humanitaire et sociale » au centre hospitalier de Tours. Cette profession a été inscrite officiellement dans le répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière en 2008. Il y a trois ans, une orientation professionnelle nouvelle a été créée par une association de socio-esthéticien(ne)s, sous le nom de psycho-socio-esthétique.  Cette formation prépare les futurs professionnels à s’inscrire dans les actions de soins et d’accompagnement psychologique auprès des personnes en situation de vulnérabilité par une prise en charge plus globale avec une visée thérapeutique. Deux écoles (situées à Nanterre et à Pau) forment actuellement à cette discipline.

  • Pour être formé à la socio-esthétique : cours d’esthétique à option humanitaire et sociale (CODES) : CHRU de Tours, 2 bd Tonnellé – 37044 Tours cedex 9 – Tél. : 02 47 47 47 47 – www.socio-esthetique.fr
  • Pour être formé à la psycho-socio-esthétique
    – Ecole Joffre Karine Moncla à Pau : www.ecole-joffre.com
    – Paris Beauty Academy : www.parisbeautyacademy.com