La proximité sacrifiée sur l’autel de la rentabilité

Depuis plus d’un an, le collectif Hôpitaux santé 65 bataille contre un projet de construction d’un pôle de santé public-privé. Ce collectif regroupe les comités de défense de plusieurs hôpitaux* des Hautes-Pyrénées dont des services entiers sont menacés de fermeture. Personnels, médecins, usagers, mutuelles, syndicats et partis politiques… : le groupe des opposants au projet d’hôpital unique décidé par l’agence régionale de santé (Ars) de Midi-Pyrénées s’est amplifié au fil des mois.

Même le conseil général a voté une motion contre ce projet, aux motifs qu’il « consiste à adosser une aile hospitalière à la clinique privée Ormeaux-Pyrénées, à réduire de 40 % l’offre publique de lits et à fermer la maternité de Lourdes (315 accouchements par an) ».

L’Ars prévoit en effet que la construction de ce nouveau pôle sera « basée sur l’organisation d’une filière spécialisée, le rapprochement des plateaux techniques et un fonctionnement intégré des équipes soignantes ». Comme toujours dans ce type de regroupement public-privé, à l’hôpital la maternité et les urgences (non rentables !), et à la clinique la cardiologie et la cancérologie, qui rapportent (en termes de tarification à l’activité [T2A]).

« Le plus grave, c’est qu’à l’horizon 2017, une fois que le nouvel hôpital sera construit, il n’y aura plus qu’une grosse maternité (2 000 accouchements), alors que nous sommes dans un département de montagnes, où certaines vallées sont très éloignées de Tarbes », explique Jacques Villegas, président du comité tarbais, également administrateur de Mutami, qui ajoute : « Pour garantir l’accès aux soins de tous, l’Ars s’engage à ce qu’il y ait des médecins en secteur 1 (sans dépassements d’honoraires) à la clinique de l’Ormeaux, dans chaque spécialité. Mais elle n’a aucune autorité pour le faire ! »

A terme, ne devraient subsister à l’hôpital de Lourdes que les urgences, la gériatrie et de la chirurgie programmée. Et ce, en dépit des 5 millions de pèlerins, des centaines de milliers de skieurs et de randonneurs accueillis chaque année dans la ville.

« Il n’y aura plus de chimiothérapie, ni d’ablation des tumeurs à Lourdes, alors que cela se pratique justement grâce à la coopération avec des médecins de la clinique et à la télémédecine, évitant les déplacements de patients déjà fragilisés !

L’Ars promet qu’il n’y aura aucun licenciement dans l’hôpital public, mais avec la fermeture de lits, il y aura forcément beaucoup de suppressions de postes », rappelle Bruno Gay-Capdevielle, président du comité de défense de l’hôpital de Lourdes. A Lannemezan, c’est le bloc de nuit qui est menacé – sachant que la maternité a déjà fermé –, et à Bagnères, ce sont les urgences.

* Tarbes, Lourdes, Bagnères-de-Bigorre, Lannemezan.