L’exposition des femmes enceintes aux polluants atmosphériques et au trafic routier augmente de manière significative le risque de retard de croissance fœtale, et ce, même à des niveaux bien inférieurs à ceux stipulés dans les directives actuelles de l’Union européenne (UE) sur la qualité de l’air, révèle une étude européenne publiée le 15 octobre dans la revue The Lancet Respiratory Medicine.

En s’appuyant sur les données de l’étude Escape (European Study of Cohorts for Air Pollution Effects), les chercheurs ont réuni les données de quatorze études de cohorte menées dans douze pays européens et impliquant 74 000 femmes ayant accouché entre 1994 et 2011.

Les chercheurs ont évalué durant la grossesse de chaque femme, à l’adresse de leur domicile, les concentrations de polluants atmosphériques tels que le dioxyde d’azote et les particules fines en suspension (ou PM2,5) que l’on trouve notamment dans les gaz d’échappement, les émissions liées au chauffage et aux activités industrielles. La densité du trafic sur la route la plus proche et le volume total de trafic sur toutes les routes principales dans un rayon de 100 m autour du lieu de résidence ont également été enregistrés.

Conclusions : pour toute augmentation de 5μg/m3 de l’exposition aux particules fines pendant la grossesse, le risque de donner naissance à un bébé de petit poids (inférieur à 2500 g pour un enfant né après 37 semaines de grossesse) à terme augmente de 18 %. A noter que ce risque accru persiste à des taux inférieurs à la limite annuelle actuelle fixée par les directives de l’Union européenne sur la qualité de l’air, soit 25 μg/m3 pour les particules fines.

Or, un faible poids de naissance n’est pas sans conséquences pour la santé de l’enfant : il est associé à des problèmes respiratoires dans l’enfance et d’autres pathologies à l’âge adulte (diabète, surpoids, troubles cardiaques, etc).

Les chercheurs ont également observé une diminution du périmètre crânien, « ce qui incite à se poser la question de l’effet de la pollution sur le neuro-développement, sur le plan cognitif ou comportemental », relève Rémy Slama, directeur de recherche à l’Inserm de Grenoble et coauteur de l’étude.

La France, mauvaise élève

« Ces résultats suggèrent qu’une proportion importante des cas de petit poids de naissance à terme pourrait être évitée en Europe si la pollution de l’air urbain, et en particulier les particules fines, diminuait », poursuit l’épidémiologiste. En effet, pour les chercheurs, ramener le niveau des particules fines à 10 microgrammes/m3 qui est la valeur cible annuelle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), permettrait d’éviter environ 22% des cas de bébés de petit poids.

Reste que la « France ne fait pas partie des bons élèves européens pour la qualité de l’air », souligne Rémy Slama, rappelant que certaines agglomérations en Ile-de-France et en région Rhône-Alpes peuvent dépasser les limites européennes fixées pour les particules fines.

 

Près de 90% des urbains européens restent toujours exposés à une pollution aux particules, et encore plus à l’ozone, met en garde un rapport de l’Agence européenne de l’environnement (AEE). « De grandes parties de la population ne vivent pas dans un environnement sain (…). L’Europe doit faire preuve d’ambition et aller plus loin que la législation qu’elle a mise en place, et qui est moins stricte que les recommandations de l’OMS », estime le directeur exécutif de l’Agence européenne, Hans Bruyninckx.

Les émissions de particules fines (PM 10 et PM 2,5) ont respectivement diminué de 14% et de 16% dans l’Union européenne entre 2002 et 2011 mais en 2011, 33% des urbains de l’UE vivaient dans des zones où les concentrations maximum autorisées de PM 10 sur 24 heures ont été dépassées. Au regard des normes de l’OMS, il s’agit de 88% de la population urbaine. Par ailleurs, 98% des populations urbaines étaient exposées en 2011 à des concentrations d’ozone supérieures aux recommandations de l’OMS.