Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité française Paca, était à Marseille le 21 octobre, dans le cadre d’une conférence de presse sur le thème des difficultés d’accès aux soins des habitants de la région.

« Selon le 7ème baromètre de santé, un Français sur trois renonce à se faire soigner faute d’argent, a fait observer Jean-Paul Benoit, président de la Mutualité française Paca, le 21 octobre à Marseille, dans le cadre d’une conférence de presse sur le thème des difficultés d’accès aux soins des habitants de la région Paca. « Les soins dentaires sont les premiers sacrifiés avec 25 % de renoncement aux soins, devant les lunettes (17 %) et les médicaments (7 %). Les femmes et les jeunes actifs étant les plus concernés. » Si le renoncement aux soins ne cesse de croitre, la part des remboursements de la sécurité sociale ne cesse de diminuer au détriment de celle des complémentaires santé (55 % des soins courants).

Au-delà de ce constat, la Mutualité française se dit préoccupée par la rupture des solidarités qui affecte le système de protection sociale universel et alerte régulièrement l’opinion publique sur l’urgence à trouver des solutions globales pour le sauver. A cet effet, elle lance une campagne de sensibilisation destinée à faire entendre ses propositions, d’autant que sur un certain nombre de dossiers – comme la suppression des taxes -, l’Etat n’a manifestement pas maintenu ses engagements.

Ainsi, après le temps des promesses du Président de la république lors du Congrès national de la Mutualité française, il y a un an, portant sur la création d’une complémentaire santé pour tous, est venu le temps des désillusions : la complémentaire santé généralisée dans le cadre de l’Ani ne s’adresse qu’aux salariés. Sont exclus du dispositif les populations les plus fragiles : jeunes, retraités, chômeurs, personnes handicapées. De plus les exonérations accordées aux entreprises pour la participation à la cotisation mutualiste de leurs salariés représenteront un manque à gagner conséquent qu’il faudra combler soit en augmentant les cotisations, soit en diminuant les remboursements. Quant aux clauses de désignation – permettant à une branche professionnelle de choisir une complémentaire santé pour l’ensemble des entreprises de son secteur, censurées par deux fois par le Conseil constitutionnel, elles seraient « contournées » : le forfait social prélevé sur les rémunérations ou les gains non soumis aux cotisations sociales resterait à 8 % pour celles qui opteraient pour la complémentaire recommandée par la branche et passerait en revanche à 20 % pour celles qui ne suivraient pas les préconisations de la branche et iraient s’assurer ailleurs.

Selon Jean-Paul Benoit, le nouveau Projet de loi de financement de la sécurité sociale (Plfss) n’enregistre donc aucune avancée significative et n’est pas à la hauteur de la Stratégie nationale de santé que la Mutualité Française avait initialement saluée. Il prévoit en effet une baisse de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie, notamment sur l’hospitalier, la création d’une nouvelle disposition fiscale sur les mutuelles, enfin l’appel d’offres sur l‘Aide à la complémentaire santé (Acs) va priver les bénéficiaires de la possibilité de choisir leur mutuelle. « C’est historique, le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (Plfss) adopté en conseil des ministre cristallise tous les votes contre lui : aucune organisation n’a voté pour, pointe le Président. Les Conseils de la Cnamts, de l’Uncam, de l’Unocam et de la Cnaf se sont tous prononcés contre ce texte qu’Etienne Caniard, président de la Mutualité française a qualifié d’ « empilement de mesures pensées dans l’urgence, sans concertation avec les principaux acteurs ».

La Mutualité française Paca va donc adresser un texte d’amendement à tous les parlementaires de la région afin d’initier un véritable débat. Elle demandera entre autres une refondation des contrats solidaires et responsables pour permettre à tous d’accéder à des soins de qualité tout en contribuant à la régulation du système de santé ; elle réclamera le respect du processus conventionnel et l’aboutissement de l’avenant n° 8 de la Convention médicale pour que la rémunération du nouveau forfait médecin traitant soit prise en charge dans une logique de co-paiement régime obligatoire/régime complémentaire et, enfin, concernant l’aide à l’acquisition de la complémentaire santé, elle rappellera combien il importe que chacun puisse choisir librement sa couverture…

« Nous avions assisté à une progression historique vers l’universalité de la protection sociale, or la segmentation de la population française entraînée par les dispositifs gouvernementaux vont à l’encontre de cette universalité. Aujourd’hui la rupture des solidarités découd notre tissu social » déplore le président.

La Mutualité française Paca va donc continuer d’alerter et de peser sur le débat avec ses propositions. « En ces temps de désespérance sociale, il y va de notre responsabilité » conclut Jean-Paul Benoit.