Pour Bruno Toussaint, directeur de la revue Prescrire, une meilleure coordination entre médecins, patients et pharmaciens permettrait d’éviter de nombreux accidents.

 

A quoi sont dus les accidents médicamenteux ?
Certains sont dus à une erreur de médicament, de dosage, à des interactions inadaptées, d’autres au hasard… Ils surviennent parfois à cause
de traitements injustifiés, mal choisis, poursuivis trop longtemps ou avec des médicaments tellement courants que l’on n’imagine même pas qu’ils puissent être néfastes. Mais si certaines conséquences sont prévisibles, d’autres ne le sont pas. On peut définir des profils d’effets secondaires, environ 10 à 20 pour un médicament, mais il est difficile de prévoir ce qui
se passera sur telle ou telle personne, car chacun réagit différemment. Or, les médicaments ont toutes sortes d’actions sur l’organisme. La bonne pratique serait de donner aux patients un aperçu de ce qui peut arriver, ils seraient plus attentifs aux signes avant-coureurs et en parleraient à leur médecin. Il y a également des effets indésirables qui se manifestent au fil du temps et qui n’ont pas été détectés lors des essais cliniques, qui sont réalisés pendant quelques mois seulement sur quelques centaines de personnes de 40-50 ans plutôt en bonne santé. Quand le médicament est administré grandeur nature, à des milliers de patients, dont certains ont plusieurs maladies, ce n’est pas
la même chose. Il y a aussi des médicaments au maniement plus délicat que d’autres, comme les anticoagulants, qui causent chaque année en France des milliers de morts, ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens, très consommés, qui à la longue peuvent perturber le système rénal.

Peut-on éviter ces accidents ?
On estime que la moitié des effets indésirables graves sont évitables. A condition que l’on s’en donne les moyens. En prenant le temps de bien examiner son patient, de se renseigner sur ses antécédents, de lui demander s’il prend d’autres médicaments, de contrôler l’état de ses reins, etc., on peut prescrire un traitement mieux adapté à son cas, ou à plus petite dose, ou même choisir, si c’est possible, de déprescrire. Il faut aussi que les médecins apprennent à reconnaître les médicaments dont l’efficacité n’est pas prouvée en ne faisant pas aveuglément confiance aux firmes et aux leaders d’opinion qui relaient leurs allégations. Parmi les nouvelles molécules commercialisées chaque année, certaines comportent un bénéfice-risque défavorable et n’auraient pas dû être autorisées. Dans le palmarès Prescrire de 2012, une nouveauté sur cinq était à éviter. Le problème, c’est que pour avoir une autorisation de mise sur le marché, une firme n’a pas besoin
de prouver que son nouveau médicament est mieux que le médicament de référence, mais seulement qu’il ne fait pas plus mal. Le patient peut ainsi se retrouver avec un médicament plus dangereux qu’utile.

L’automédication est-elle plus risquée ?
Même si la majorité des effets indésirables surviennent avec des médicaments sur ordonnance, il existe un risque avec l’automédication. Elle se pratique avec des médicaments anciens, banalisés. Le paracétamol, par exemple, est un bon produit, mais il ne faut pas dépasser la dose recommandée, 4 comprimés
de 1 000 milligrammes par jour. Le danger est qu’il y a du paracétamol dans le Doliprane, le Dafalgan, l’Efferalgan… et dans de nombreuses autres spécialités. Les patients ne le savent pas et peuvent se retrouver en surdose. Il faut leur apprendre à vérifier la composition de ce qu’ils prennent. Si le pharmacien était rémunéré sur le temps qu’il prend pour informer ses clients plutôt que sur ses ventes, ça irait mieux. C’est pareil pour les médicaments qu’il est question de vendre hors pharmacie : l’information qui sera donnée sera déterminante.