C’est un véritable coup de gueule qu’a lancé Fathi Bouaroua, directeur de l’agence régionale Paca de la Fondation Abbé Pierre, en supprimant la plateforme téléphonique et les 22 permanences destinées à accompagner les personnes concernées par la loi sur le droit au logement opposable (Dalo).

Une décision prise pour dénoncer l’absence d’engagement de l’Etat, des collectivités territoriales et des organismes régionaux dans la mise en œuvre de cette loi sur le terrain, auprès des personnes mal-logées …

“Les pouvoirs publics se renvoient la balle, il n’y a toujours pas de dispositif dédié à l’accompagnement alors que le besoin est énorme, constate Fathi Bouaroua. Rien n’avance, si bien que nous arrêtons notre initiative. Notre action est restée une goutte d’eau… Nous aurions tant voulu qu’elle fasse déborder le vase afin que les collectivités et les organismes sociaux aident enfin les gens et que le droit au logement des plus démunis devienne enfin une réalité collective…. ”

 Au lendemain de la promulgation de la loi Dalo, l’agence régionale de la Fondation Abbé Pierre avait ouvert une plateforme téléphonique pour permettre aux personnes mal-logées d’être informées et de vérifier leur éligibilité. En trois ans, ce dispositif temporaire – qui devait ultérieurement être relayé par les pouvoirs publics, a enregistré plus de 6 000 appels qui ont généré, à leur tour, plus de 3 500 rendez-vous destinés à monter des dossiers de recours au sein des 22 permanences sises à Marseille, Aix, Aubagne, Nice, Avignon, Toulon, Draguignan, etc.

“Les gens ne sont pas suffisamment informés sur ce droit et la procédure est complexe”, regrette Fathi Bouaroua. Il faut savoir qu’en Paca, 240 000 ménages sont mal-logées et seraient à ce titre concernées par la loi Dalo. Pourtant seulement 20 000 dossiers ont été déposés à ce jour. Et parmi ces dossiers, 5000 ont été retenus, les autres étant soit incomplets, soit mal renseignés. “Nous avons affaire à des familles démunies, faibles, certaines illettrées qu’il est nécessaire d’accompagner, poursuit le directeur. Notre objectif a été d’aider mais aussi de mettre en évidence ce drastique besoin d’accompagnement administratif, social mais aussi juridique”.

Et ce, dans un contexte local où le logement social demeure dramatiquement insuffisant : « 110 000 demandes sont enregistrées chaque année en Paca tandis qu’il ne se libère que 7 à 9000 logements sociaux par an et que le nombre de constructions n’excède pas les 5 à 7000 unités, dénonce le responsable régional de la Fondation

La décision de suspendre les permanences n’a donc pas été prise de gaieté de cœur mais s’avère de surcroît nécessaire au regard de l’extension prochaine de la loi Dalo à un plus grand nombre de demandeurs. Jusqu’à présent elle s’adressait aux personnes prioritaires (sans logement, en cours d’expulsion, vivant dans un logement insalubre déclaré, hébergé ou encore vivant avec des enfants mineurs et/ou handicapés dans un logement exigu). A compter du 1er janvier 2012, tout demandeur de logement social dont le délai d’attente s’avèrera anormalement long (de 24 à 60 mois selon les sites) sera fondé à poursuivre l’Etat.

“On doit s’attendre à un accroissement des demandes. Et même si nos permanences étaient maintenues, elles ne seraient pas en mesure d’accueillir un public aussi nombreux”, explique Fathi Bouaroua.

L’agence régionale va donc concentrer son action sur les 3 500 personnes qui ont déjà déposé leur dossier et les aider à rendre effectif ce droit au logement opposable devant les tribunaux. Mais aussi soutenir les plus vulnérables, les plus démunis, ceux dont la situation est la plus précaire et lutter inlassablement pour éviter que des familles soient expulsées de leur domicile… On l’aura compris, Fathi et son équipe ne sont pas prêts de baisser les bras.