La Fédération des Mutuelles de France était présente, du 18 au 22 mars, au cinquantième congrès de la Cgt, à Toulouse. Pour la première fois, bon nombre de ces mutuelles avaient fait « stand commun » : en l’occurrence les six membres de l’Union mutualiste de groupe (Umg) Solimut -la Mutuelle de France Plus, Mutami, la Mfbco, la Mutuelle de France 04-05, la Mutuelle familiale de la Corse et la Mutuelle de France Prévoyance- ainsi que Mutuelle Entrain (cheminots), la Mutuelle de la Solidarité, l’Union nationale des mutuelles de santé (SMH, MCVPAP)… « Ce stand commun à plusieurs mutuelles adhérentes à la Fédération offrait une meilleure visibilité et favorisait les échanges entre les élus mutualistes », a souligné Jean-Paul Benoît, président de la Fédération des Mutuelles de France (Fmf). Si la Fmf est présente à chaque Congrès de l’organisation syndicale, celui de Toulouse s’est déroulé sous une actualité forte et teintée d’incertitudes . « On ne peut pas espérer défendre seuls notre système de protection sociale ; nous avons besoin des organisations syndicales! Ce congrès est l’occasion de renforcer nos liens avec la Confédération Cgt mais aussi avec les fédérations de notre secteur pour mettre en avant nos positions communes », a estimé Jean-Paul Benoît rappelant aussi la position commune contre le projet d’Accord national interprofessionnel (ANI) -que la CGT n’a pas signé- et en particulier de son volet complémentaire santé. « Il serait intolérable que cet accord s’applique en l’état…ne serait-ce parce que les forces syndicales majoritaires ont refusé de le signer! Généraliser les contrats collectifs à tous les salariés est une fausse bonne idée. Cela menace la sécurité sociale dont les recettes vont considérablement baisser du fait des exonérations accordées aux entreprises pour la participation à la cotisation mutualiste. Celui qui perdra son travail perdra aussi sa complémentaire santé. Ca créée des inégalités intolérables, car quid de la couverture sociale des chômeurs, des retraités, des étudiants ? Les contrats collectifs risquent d’être à minima ou alors ils vont solvabiliser certaines pratiques, tels que les dépassements d’honoraires », s’inquiète le président de la Fmf. « La participation de l’employeur à l’acquisition d’une complémentaire santé représente une avancée. Mais l’accord remet en cause notre modèle de solidarité (entre les générations, interprofessionnelle, entre malades et bien portant…) et instaure plusieurs niveaux d’assurance maladie, comme cela s’est passé pour les retraites », craint de son côté Nora Tréhel, la présidente de la Mutuelle familiale, également présente au Congrès. Rappelant que la mutuelle était issue de la Cgt de la Métallurgie, elle a insisté pour que « dans le mouvement social, la Cgt et la Fmf additionnent leurs forces pour que perdure le modèle solidaire de protection sociale ».

Même position partagée par Mutuelle Entrain, dont la présence au Congrès, aux côtés de la Mutuelle générale des cheminots (Mgc), était la première présentation publique du partenariat entre les deux mutuelles de cheminots. Gilbert Garrel, le secrétaire général de la fédération des cheminots CGT, est d’ailleurs venu apporter tout son soutien à la nouvelle alliance baptisée Viamut, laquelle est candidate à l’appel d’offre européen lancé par la Sncf pour un contrat collectif obligatoire de complémentaire santé et prévoyance pour ses salariés contractuels… A la veille du congrès, Olivier Téchec et Patrice Guichaoua, présidents respectifs de Mutuelle Entrain et de la Mgc, avaient exprimé ensemble, dans un communiqué commun, leur inquiétude quant au risque que « l’ANI renforce les inégalités entre les salariés couverts dans le cadre de contrats collectifs et tous les autres ».