Fer de lance de la médecine chinoise, l’acupuncture a fait preuve de son efficacité, notamment pour soigner les douleurs. Mais elle a bien d’autres indications.

Qu’est-ce que c’est ?

Selon la médecine chinoise, l’homme est régi par deux forces complémentaires mais opposées, le yin et le yang, et par l’énergie vitale, le qi. Si on est malade, c’est qu’il y a déséquilibre entre le yin et le yang et que le qi circule mal.

Principale branche de cette médecine, l’acupuncture vise à rétablir une circulation harmonieuse de l’énergie à l’aide d’aiguilles piquées dans des points précis du corps. Au nombre de 366, ces points sont situés le long de 12  méridiens, sorte de voies de passage de l’énergie. «  Notre corps est sillonné d’un réseau de lignes d’énergie semblable à un circuit électronique », explique le Dr  Marie-Laure Trémeau, acupunctrice à Paris depuis plus de vingt ans.

D’où ça vient ?

L’acupuncture est apparue il y a plus de cinq mille ans en Chine, sous le nom de zhenjiu (prononcez «  tsenn kiu  »), qui signifie «  aiguilles et feu  ». A l’origine, on utilisait des silex sur les points, puis des os, des bambous et enfin des aiguilles. Ce sont des missionnaires jésuites qui l’ont introduite en Europe au XVIIe  siècle et qui lui ont donné le nom latin d’acupuncture (acus pour « aiguille » et punctura pour « piqûre »).

La première consultation d’acupuncture a été ouverte dans un hôpital parisien en 1931, mais c’est surtout à partir de la seconde moitié du XXe  siècle que la communauté médicale s’y est intéressée.

Aujourd’hui, cette discipline est enseignée dans six facultés de médecine et validée par un diplôme inter­universitaire d’acupuncture. En théorie réservée aux médecins, aux sages-femmes et aux vétérinaires, la pratique de l’acupuncture est tolérée chez les non-médecins. Sur 9 000  acupuncteurs, 25  % environ sont dans ce cas.

Comment ça marche ?

Planter des aiguilles sur les points de passage du qi agit sur les troubles en libérant l’énergie, si elle est bloquée, ou en la fortifiant, si elle insuffisante. « Il est difficile d’expliquer actuellement, scientifiquement, l’action de l’acupuncture, affirme le Dr Marie-Laure Trémeau. J’ai publié une étude qui montre l’action réelle des points d’acupuncture comparée à l’absence d’action de points cutanés pris au hasard, il n’y a aucun effet placebo. »

Une expérience, menée à l’hôpital Necker à Paris dans les années 1980, a montré que le trajet emprunté par un produit radioactif injecté en différents points du corps suit naturellement le trajet des méridiens. En dehors de ce circuit, le produit se diffuse peu ou n’importe comment.

D’autres travaux indiquent que les points d’acupuncture ressemblent à des cônes allongés renfermant de nombreuses terminaisons nerveuses. Stimulées par les aiguilles, celles-ci diffuseraient immédiatement un signal au cerveau.

Qu’est-ce que ça soigne ?

L’acupuncture traite tous les troubles fonctionnels. Des études ont montré qu’elle favorise la production dans le sang d’endorphines, substances euphorisantes proches de la morphine. Son action antalgique est donc particulièrement indiquée pour traiter les douleurs : névralgie dentaire, lombalgie, sciatique, torticolis, céphalées, etc.

« 40  % des patients viennent me voir pour des douleurs, explique le Dr  Denis Colin, acupuncteur attaché à l’hôpital de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). J’obtiens d’excellents résultats sur 85  % d’entre eux.  »

Récemment, plusieurs méta-analyses (travaux qui synthétisent les résultats de nombreux essais internationaux) ont montré la supériorité, à court terme, de l’acupuncture sur les traitements classiques des lombalgies chroniques, des douleurs du genou et du coude.

Preuve de son efficacité  : elle est utilisée dans les centres antidouleur pour calmer les douleurs rebelles et celles liées au cancer. Une étude réalisée aux urgences « céphalées » de l’hôpital Lariboisière à Paris montre également qu’elle soulage immédiatement, à 100  %, la sinusite chronique, les cervicalgies, les névralgies, et, à 80  %, les céphalées dues à des tensions musculaires et postopératoires.

L’acupuncture est aussi recommandée pour soigner le rhume, la rhinite allergique, les problèmes respiratoires, dermatologiques, digestifs, circulatoires et endocriniens, et pour le sevrage tabagique. Elle soulage également la fatigue. On peut la pratiquer sur les enfants à partir de 4 à 5 ans. Elle est en revanche contre-indiquée en cas de psychose lourde ou d’incapacité à rester en place et chez les patients sous anticoagulant.

Combien d’aiguilles et de séances sont-elles nécessaires ?

Pour poser son diagnostic, l’acupuncteur interroge le patient et l’examine. Il procède aussi à la palpation des pouls. Il y en a six sur chacun des poignets, qui indiquent l’état énergétique des organes (foie, reins, rate, cœur, poumons…).

Le nombre d’aiguilles varie selon l’affection et le médecin, mais, en moyenne, 10 à 15  aiguilles sont posées. Les plus employées font 2,5  cm de long. Les aiguilles sont à usage unique, il n’y a donc pas de risque de contamination. En général, les piqûres ne font pas mal, sauf sur le visage et les extrémités.

Le plus souvent, une séance dure vingt minutes, mais il arrive que l’acupuncteur laisse les aiguilles plus longtemps. En théorie, une séance longue a pour but de calmer ; une courte, de dynamiser. Le patient peut ressentir une fatigue passagère après la séance, voire une aggravation de ces troubles, avant l’amélioration. Pour une affection aiguë, une ou deux séances suffisent. «  L’acupuncture a une action immédiate, souligne le Dr  Marie-Laure Trémeau. Un lumbago ou une sciatique peuvent être guéris en une séance, à condition de consulter très rapidement.  »

Pour une affection chronique, compter une séance hebdomadaire au début, pendant deux ou trois semaines, puis des séances plus espacées. Si le patient n’est pas soulagé au bout de trois ou quatre séances, il est inutile et malhonnête de poursuivre les séances.

Qu’est-ce que l’auriculothérapie ?

Pour l’auriculothérapie, la forme de l’oreille évoque celle d’un fœtus inversé, où chaque partie du corps est représentée par une trentaine de points principaux. Piquer dans la partie supérieure permettrait de traiter les affections des membres inférieurs ; à l’inverse, piquer les points du lobe soulagerait les migraines…

Cette méthode est préconisée contre les douleurs, les addictions, pour soigner les maladies liées au stress, les troubles du sommeil et certaines allergies. Elle est reconnue par l’Organisation mondiale de la santé depuis 1987. 

Pour un même symptôme, l’acupuncteur ne piquera pas forcément les mêmes points, car, à la différence de la médecine occidentale, qui ne considère que l’organe malade, l’acupuncture tient compte aussi des émotions, du psychisme, de l’alimentation propres à chaque patient.

Adresses utiles

Fédération des acupuncteurs,
site internet : www.acupuncture-medicale.org

Union française des professionnels de médecine traditionnelle chinoise,
tél. 01 45 23 15 52,
site internet : www.ufpmtc.com