Jusqu'à quel âge peut-on conduire ?

Selon un sondage Ifop réalisé pour la MMA et le Reader’s digest, 77 % des Français estiment que les personnes âgées qui conduisent devraient être soumises à une visite médicale obligatoire.

« L’âge moyen idéal » pour cet examen serait autour de « 65 ans ». : 58 % des Français souhaitent que l’avis du médecin soit consultatif et que le permis ne soit pas retiré à la personne âgée, contre 42 % qui aimeraient que cet avis soit suivi du retrait « sur le champ » du permis de conduire.

Jusqu’à quel âge peut on conduire ? Déjà, le Conseiller Général du Val d’Oise Luc Broussy s’était posé la question dans l’un des chapitres du rapport sur le vieillissement en France qui devrait servir de base à la loi sur l’autonomie que l’on attend toujours.

Pour les seniors, l’automobile reste le transport privilégié même si son utilisation diminue sensiblement après 75 ans. Mais pour la prochaine génération, celles du baby boom qui est aussi celle qui a connu la généralisation de la voiture, rouler fera partie du quotidien.

Depuis plusieurs décennies, chaque génération de retraités compte une proportion de plus en plus grande de titulaires du permis de conduire. Pour les hommes, le point culminant a été atteint dès les années 1990 avec plus de 90 % des hommes titulaires du permis de conduire. En revanche, pour les femmes, le mouvement a été plus progressif puisque celles nées dans les années 1920 n’étaient, en 1993, que 38 % à posséder le permis de conduire. Cet écart s’est réduit depuis et les femmes âgées sont de plus en plus nombreuses à conduire.  85 % des seniors ont aujourd’hui une voiture. Pour l’immense majorité des seniors, la légitimité et le droit à conduire ne se discutent même pas. En revanche, il arrive un âge où, la fragilité aidant, la question se pose.

Faut-il interdire aux plus vieux de prendre le volant ?

D’ailleurs, à chaque accident provoqué par un conducteur âgé, le débat revient à la une des journaux « faut-il interdire aux plus vieux de prendre le volant ? Même si, paradoxalement, la question ne se pose jamais lorsqu’il s’agit de plus jeunes.

Que disent les statistiques : les plus de 65 ans représentent seulement 19 % des morts sur la route, contre 28 % pour les 16-24 ans et 9 % des blessés contre 26 % pour les 16-24 ans.

Mais il est évidemment légitime de s’interroger sur le moment à partir duquel les facultés et les réflexes s’émoussant (acuité visuelle qui diminue, champ de vision qui rétrécit, dégradation de l’audition…) la prudence est de mise pour les autres et pour soi même.

Une mort sociale

Pour les auteurs du rapport, l’arrêt de la conduite signifie pour beaucoup d’hommes âgés une mort sociale. C’est la raison pour laquelle la question demeure si  sensible pour les enfants d’abord qui hésitent à en parler avec leurs parents; pour les médecins ensuite qui veulent bien jouer un rôle d’information et de prévention sans pou autant devenir les censeurs.

Pour Geneviève Jurgensen, qui fut longtemps Présidente de la Ligue contre la Violence routière et rédacrice en chef de Notre Temps, le magazine des retraités, citée dans le rapport : « globalement, imposer une limite d’âge à l’usage du volant n’apporterait aucun progrès de sécurité routière mesurable, mais accélèrerait le processus d’isolement auquel sont exposées les personnes âgées ».

Faut-il instaurer un contrôle médical ?

En France, aucune disposition n’est prévue pour évaluer les capacités de conduite des plus âgés, quand en Espagne, les plus de 65 ans ne peuvent plus passer leur permis de conduire et qu’en Finlande, il est carrément retiré à l’âge de 70 ans, sauf avis médical contraire…

Au Danemark, en Irlande, en Norvège ou en Suisse, les contrôles médicaux sont obligatoires, parfois complétés de stages de recyclage. Aux Pays-Bas, le contrôle médical assorti de cours de mise à niveau sont proposés facultativement dès 50 ans, tandis que les Britanniques doivent, à partir de 70 ans, renouveler leurs permis tous les 3 ans, moyennant avis médical.

En France, un arrêté du 21 décembre 2005 substitue aux « incapacités médicales » des « affections médicales » réparties en classes de pathologies parmi lesquelles les « troubles neurologiques, comportements et cognitifs » qui comportent les « troubles de la sénescence’. Mais aucun contrôle n’est organisé en France aujourd’hui.  Le faut-il d’ailleurs ? S’interrogent les auteurs des rapports qui préconisent 4 pistes :

– Le développement, en collaboration avec la prévention routière et les auto-écoles, les stages de remise à niveau ou les séances d’évaluation à destination des conducteurs âgés.

– Conduire moins mais mieux : éviter les créneaux pour se garer, ne plus conduire la nuit, éviter les heures de pointe…

– Construire des automobiles adaptés avec des équipements d’assistance à la conduite

– Et pourquoi pas tenter la pose, comme au Japon,  d’un autocollant à l’arrière de la voiture indiquant que le conducteur a un âge avancé qui nécessite de son entourage prudence et respect ? A l’image du A des jeunes conducteurs…