Irm : la France à la traîne pour le cancer

La France manque cruellement d’IRM pour la seule prise en charge des cancers. « Il n’est plus possible d’attendre davantage si l’on veut que les patients gardent toutes leurs chances! ». C’est ce constat sans appel que dresse une nouvelle étude conduite par le Dr. Ellen Benhamou, chef du service de biostatistique et d’épidémiologie de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, en collaboration avec la Société française de radiologie, pour l’Association Imagerie santé avenir (Isa).

Les auteurs se sont en effet attachés à estimer le nombre d’examens IRM nécessaires en France pour la prise en charge des seuls cancers avérés pour l’année 2011.

Résultats : pour la seule période de diagnostic initial, le bilan d’extension et le bilan pré-thérapeutique de toutes les localisations de cancer, 320 à 400 000 examens IRM, sont nécessaires. Pour le suivi, simple ou renforcé, à 5 ans des quatre cancers les plus fréquents (poumon, colon/rectum, sein, prostate), 270 à 570.000 examens IRM sont nécessaires. Au total, le nombre d’examens IRM nécessaires pour la prise en charge des cancers est estimé à 590 à 970.000, cette fourchette large étant liée aux rythmes des examens préconisés par les différents experts.

Cette étude montre par ailleurs qu’il est indispensable de réaliser 1,5 millions d’examens IRM pour les seules étapes du diagnostic, du diagnostic différentiel et pour le bilan d’extension initial du cancer, sans prendre en compte le dépistage et le suivi des cancers.

Six ans de retard par rapport à nos voisins européens

Or, avec les 650 machines actuellement disponibles, 4,5 à 5 millions d’actes au total sont possibles à raison de 7000 à 8000 examens par machine et par an. Du matériel qu’il faut partager entre les examens prescrits en neurologie (30%), dans les pathologies ostéo-articulaires (50%) ou encore en cardiologie. Que faire de toutes les autres indications notamment dans le suivi en cancérologie et dans les autres spécialités ? « Est-il besoin de rappeler la place indispensable de l’imagerie tout au long du parcours de soins en cancérologie, à chaque étape de la maladie, pour le dépistage, le diagnostic, la mise en place des traitements, leur suivi et leur adaptation, les bilans d’extension de la maladie, la surveillance et de plus en plus souvent, le traitement lui-même (…), notent les auteurs. A la vieille de la remise du Plan cancer, cette étude démontre  l’inadéquation profonde entre les équipements disponibles et les besoins des patients ».

Ainsi, même l’objectif de 20 IRM par million d’habitants préconisé à l’horizon 2018 marquerait un retard de six années par rapport aux autres pays européens, lesquels s’adaptent rapidement aux nouvelles indications et au vieillissement de la population et révèlent parfois un taux d’équipement supérieur à celui de la France comme en Allemagne et au Danemark (avec 27 IRM par million d’habitants). Un décalage frappant que le Pr. Jean-Paul Vernant avait notamment souligné dans son rapport, en préparation du prochain Plan cancer.

Les professionnels appellent donc à une réévaluation urgente du SROS pour un doublement du parc, à la publication d’une nouvelle nomenclature des actes adaptée aux indications, à la substitution de l’imagerie conventionnelle vers l’imagerie en coupes et les techniques non ionisantes, au développement de la radiologie interventionnelle et des techniques de chirurgie guidée par l’image et à répondre aux besoins de la recherche en imagerie.