Inceste : un guide pour aider les médecins à mieux le repérer

Près de 2 millions d’adultes pourraient avoir été victimes d’un inceste pendant leur enfance mais 90 % des cas ne sont pas signalés. Saisie par le ministère de la Santé, la Haute Autorité de Santé (HAS) publie un guide de recommandations à destination des médecins pour les aider à « reconnaître les maltraitances sexuelles intrafamiliales chez le mineur ».

Car, s’il est difficile pour les victimes de témoigner sur ce qu’elles subissent par un membre de la famille, les professionnels de santé peuvent les aider à briser le secret qui pèse sur cette maltraitance sexuelle. Or, bien que le code de déontologie médicale les oblige à  protéger le mineur et à « signaler les sévices dont il est victime », beaucoup de médecins ne connaissent pas les signes d’appel et les procédures de signalement.

Certains aussi ont peur des poursuites judiciaires qui pourraient se retourner contre eux s’ils se trompent.

Les situations à risques

Selon la HAS, il n’y a pas de facteurs de risques spécifiques, l’inceste peut survenir « quel que soit le contexte familial et social, du plus favorisé au plus modeste », néanmoins, certaines circonstances doivent alerter.
– un mode de fonctionnement familial replié sur lui-même, avec peu de relations sociales avec l’extérieur.
– climat familial équivoque (insuffisance de limites et interdits, érotisation des relations parents/enfants, non respect de l’intimité, fonction parentales non assumées).
– antécédents de violence conjugale, de maltraitance physique ou psychologique…
– l’absence de repère familial : absence de repère généalogique, confusion des générations (adulte avec autorité ayant un faible écart d’âge avec le mineur, très jeune âge de la mère…).
– situation favorisant le passage à l’acte : acoolisme, pathologie mentale, toxicomanie.
– rupture d’équilibre au sein de la famille (séparation, conflits fréquents…).

Les signaux d’alarme

C’est souvent lors d’une consultation ou d’un rendez-vous avec un généraliste, une infirmière scolaire, un pédopsychiatre, une puéricultrice (l’inceste peut se produire sur des enfants de quelques mois), une assistante sociale, un éducateur, etc. que cette maltraitance sexuelle est découverte. C’est parfois l’entourage plus ou moins proche qui la repère ou le mineur lui même qui en parle à un copain de classe, un ami, un professeur…

Aucun signe n’est véritablement caractéristique d’un inceste, néanmoins certains peuvent en être évocateurs selon la HAS : troubles du comportement alimentaire ou/et du sommeil, difficultés scolaires, douleurs somatiques ou fonctionnels (mal au ventre, mal à la tête, etc.).

Toute modification du comportement doit aussi alerter : peurs inexpliquées, refus de manger ou de voir un membre de la famille, refus de grandir, phobie des contacts physiques, émotions excessives. Pour les adolescents : fugues, tentative de suicide, addictions, violence, Ivg isolée ou à répétition, partenaires multiples, prostitution …

Signaler pour protéger

Certains symptômes doivent aussi faire penser à un diagnostic d’inceste notamment chez les enfants : saignements, perte génitales irritation ou prurits génitaux, douleurs génitales ou anales, troubles mictionnels, infections urinaires récurrentes chez la fille prépubère.

« Le signalement au procureur de la République est le seul moyen pour mettre en place une protection judiciaire immédiate d’un enfant en danger », notifie la HAS. Il est joignable 24 h sur 24, ses coordonnées sont disponibles au près de la gendarmerie ou de la police (faire le 17).

En cas de doute, mieux vaut prendre conseil auprès de la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) présente dans chaque département. A noter : la maltraitance sexuelle intrafamiliale ne se limite pas à un acte sexuel, imposer à des mineurs de regarder des vidéos pornographiques en est également une.