«En France, la loi interdit les recherches sur l’embryon mais autorise certaines dérogations, ce n’est pas très clair et cela entraîne un manque de visibilité au niveau national et international. Je suis pour que la loi soit soit modifiée car il n’est pas très éthique d’interdire la recherche sur les cellules souches embryonnaires, qui pourront un jour permettre de réparer un cœur ou un cerveau», a déclaré le Pr John De Vos, responsable de l’unité de thérapie cellulaire à l’hôpital Saint-Eloi (Montpellier), à l’occasion des 3es Journées de l’Agence de la biomédecine, qui se déroulent à Paris les 30 et 31 mai.

Le moment pour cette dernière de rappeler que, depuis la loi de bioéthique de 2004, elle a délivré 200 autorisations à titre dérogatoire, dont 76 concernent des recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines. Celles-ci sont obtenues à partir d’embryons surnuméraires donnés par des couples qui ont eu recours à la procréation médicalement assistée pour avoir un enfant et qui n’ont plus de projet parental.

Mises en culture pour obtenir des lignées, elles présentent la particularité d’être pluripotentes, autrement dit de pouvoir se transformer en tout type de cellules du corps humain. «C’est un champ de la recherche qui ouvre des pistes, notamment pour le traitement de certaines maladies graves, souligne Emmanuelle Prada-Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Nous avons déjà plusieurs protocoles très avancés sur des cellules du muscle cardiaque, de la peau et de l’œil.»

Autre sujet de ces journées : les tests génétiques, dont on a beaucoup parlé dernièrement quand l’actrice américaine Angelina Joly a annoncé avoir choisi de procéder à une mastectomie préventive pour éviter d’avoir un cancer du sein de forme familiale auquel la mutation du gène Brca, dont elle est porteuse, la prédispose. «Nous sommes plus sollicités qu’avant sur cette question mais les demandes n’explosent pas, note le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet, chef de service de génétique oncologique à l’Institut Curie (Paris). Cette histoire va surtout permettre de libérer la parole dans certaines familles.»

Elle devrait permettre aussi de «libérer les esprits». L’oncogénétique est «une discipline très nouvelle, précise la spécialiste, il y a beaucoup à faire». Y compris du côté des médecins avec qui les femmes sont en contact et qui ne les orientent pas toujours vers un dépistage génétique malgré un grand nombre de cancers du sein dans leur famille proche. «Certains collègues ne sont pas forcément avertis, d’autres sont encore un peu paternalistes», admet Dominique Stoppa-Lyonnet.

La recherche surtout ne règle pas tout : dans le cancer du sein, par exemple, 15% seulement des tests génétiques révèlent une forme familiale. «Dans 85% des cas, on ne comprend pas ; d’autres gènes sont à identifier», affirme Dominique Stoppa-Lyonnet.

Mais attention, prévient Emmanuelle Prada-Bordenave, «si la génétique va devenir une part entière de toute la médecine de demain, elle ne doit pas être récréative. Les tests génétiques qui sont proposés partout – notamment sur Internet – et pour tout ne doivent pas être une manière de faire de l’argent facile. C’est dangereux car soit les personnes vont apprendre quelque chose de grave et elles seront seules sans prise en charge, soit les tests sont négatifs et elles vont se croire indemnes de tout risque. Or, toute la vie d’un homme ne se résume pas à ses gènes. L’environnement, la façon dont on vit… peuvent aussi engendrer des maladies.»