Laurent Eveillard : « Il faut un plan national pour les centres de santé »

Trois questions à Laurent Eveillard, président du Regroupement national des organisations gestionnaires de centres de santé (Rnogcs).
Les médias et les politiques parlent beaucoup, depuis quelques mois, des centres de santé. Que pensez-vous de cet engouement soudain ?

Depuis six ou huit mois, en effet, les centres de santé connaissent une forte médiatisation. Le directeur de l’agence régionale de santé (Ars) de Rhône-Alpes a également, dans un discours récent, dit tout le bien qu’il pensait de ces centres et de la place qu’ils occupent dans l’accès aux soins de premier recours.

Rien de très étonnant à cela. Les centres de santé l’ont prouvé depuis plus de 60 ans. Ce sont des structures de proximité performantes, accessibles à tous, proposant une prise en charge globale du patient. Ils sont particulièrement adaptés dans cette période où l’accès aux soins ambulatoire est marqué par de fortes inégalités. Tiers payant, respect des tarifs conventionnés, pas de dépassement d’honoraires, dossier médical unique et partagé, leur succès est là, meme s’il peut y avoir plusieurs semaines.

Plébiscités par les patients, ils sont d’ailleurs victimes de leurs succès. Il y a souvent plusieurs mois d’attente pour obtenir un rendez-vous en dentaire, en ophtalmologie ou en gynécologie.

Sur le constat, tout le monde est d’accord. Mais une fois que l’on a applaudi leurs atouts et leurs qualités, il faut en finir avec le constat et s’interroger sur la façon dont on peut les promouvoir.

Malgré leurs atouts, beaucoup sont, en effet, en grande difficulté.

Le point névralgique, c’est leur viabilité économique. La tarification actuelle des actes médicaux ne prend pas en compte l’originalité de leur offre et de leur pratique, et la question d’un financement public se pose donc légitimement sur une partie de leurs missions. Si l’Accord National des centres de santé permet de rémunérer le travail de coordination effectué par les centres de santé, il ne permet pas de satisfaire une véritable politique de développement (multiplier les implantations), de maitriser le coût de la gestion du tiers-payant, de satisfaire à l’accueil social des patients dont la charge exclusive repose sur les organismes gestionnaires, (villes, associations, mutuelles…). Ce n’est pas normal.

Que préconisez-vous ?

Nous souhaitons que les centres de santé deviennent une priorité gouvernementale. Il faut mettre en place un schéma national de développement des centres de santé – ou de manière plus vaste de la médecine groupée et coordonnée (centres de santé, maisons de santé, réseaux de soins coordonnés…) – offensif en réunissant autour de la table tous les partenaires concernés : L’Etat, les collectivités locales, la Caisse nationale d’assurance maladie, les Agences régionales de santé et les gestionnaires des centres de santé.

Il pourrait déboucher sur une véritable politique d’investissement en faveur de cette médecine de premier recours dont on a tant besoin aujourd’hui. Celle ci devrait être menée au niveau régional, en fonction des besoins et dans le cadre des schémas régionaux d’organisations des soins ambulatoires. Nous avons interpellé la ministre de la santé, Marisol Touraine, afin que cette concertation ait lieu.

* Accord conclu entre la Cnam et les gestionnaires des centres de santé en 2002. il définit les subventions accordées aux centres par la Cnam (rémunérations, actions de prévention et d’éducation à la santé, informatisation…).

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