«Il faut former les généralistes à l'arrêt du tabac»

Le Pr Albert Hirsch, pneumologue et administrateur à la Ligue nationale contre le cancer réagit au plan anti-tabac, annoncé par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, lors de la journée mondiale contre le tabac du 31 mai.

Que pensez-vous des mesures annoncées par Marisol Touraine ?

Ce sont des mesurettes. L’Etat va augmenter les taxes sur les cigarettes de 5% sans que cela se répercute sur leurs prix. Il faut une politique fiscale dissuasive avec une augmentation des prélèvements qui soit intégralement rebasculée sur le prix de vente. On sait, en effet, que la hausse des prix est une mesure essentielle pour diminuer le tabagisme. On sait aussi qu’il faut au moins 10% d’augmentation des prix pour que la consommation chute. Le problème est que le ministère de la Santé n’a aucune marge de manœuvre, c’est Bercy, donc le ministère des Finances, qui mène la politique contre le tabac.

 Que préconisez-vous ?

Un prélèvement portant sur les bénéfices de l’industrie du tabac afin que ce soit le pollueur, qui est en l’occurrence un tueur, qui paie. Il y a 15 millions de fumeurs en France, 70% voudraient arrêter. Il faut prendre l’argent aux industriels qui font des profits sur le dos des fumeurs et qui les tuent. Autre mesure capitale : il faut former les généralistes au sevrage tabagique pour qu’ils puissent donner des conseils à leur patients. Mais pour cela, il faut les rétribuer car cela prend du temps. On pourrait aussi expérimenter d’autres méthodes comme, par exemple, les groupes de sevrage par les pairs, sur le modèle de ce qui se fait pour l’alcool avec les Alcooliques anonymes.