Gardez un œil sur votre vue après cinquante ans!

Dmla, presbytie, glaucome… Consulter régulièrement un ophtalmologiste est nécessaire afin de dépister d’éventuels troubles oculaires. Et ce d’autant que les traitements sont de plus en plus efficaces.

Le glaucome

Causé le plus souvent par une augmentation de la pression interne de l’œil, résultant d’un déséquilibre entre la sécrétion d’humeur aqueuse, produite dans l’œil, et son évacuation au travers d’un filtre (le trabéculum), le glaucome est à l’origine de lésions lentes et irréversibles du nerf opti­que, entraînant la détérioration du champ visuel puis, s’il n’est pas traité, la cécité. Le glaucome chronique à angle ouvert, le plus fréquent, est provoqué par un dysfonctionnement du filtre qui sert à évacuer l’humeur aqueuse. Son évolution est très lente. Dans le glaucome aigu à angle fermé, plus rare, l’accolement intermittent de l’iris au trabéculum bloque l’évacuation de l’humeur aqueuse. La pression intra-oculaire augmente rapidement, provoquant des douleurs violentes à l’œil et une baisse soudaine de la vision. Il faut agir en urgence pour que le nerf optique ne soit pas endommagé et éviter la cécité.
Qui est concerné ?  Environ 30 % des glaucomes sont héréditaires, le dépistage doit donc, dans les familles à risque, débuter dès 40 ans. Les grands myopes, les personnes hypertendues, diabétiques, souffrant d’apnées du sommeil ou prenant depuis longtemps des corticoïdes sont aussi à risques. Enfin, le glaucome touche 1 à 2 % des plus de 40 ans et environ 10 % des plus de 70 ans. Il est recommandé de consulter un ophtalmologiste tous les deux ans, après 45 ans. Pour évaluer l’état du nerf optique, l’ophtalmo mesure la pression intraoculaire, vérifie le champ visuel et pratique un fond d’œil.
Les traitements  Quatre sortes de collyre (bêtabloquants, prostaglandines, alpha-agonistes et inhibiteurs de l’anhydrase carbonique) sont prescrits à vie afin de faciliter l’évacuation de l’humeur aqueuse ou d’en diminuer la production. En cas d’échec, on peut traiter le trabéculum par laser. Autre solution : la chirurgie. On réalise une petite « soupape » pour maintenir une pression normale dans l’œil. Enfin, « pour les patients pour lesquels la chirurgie n’est pas indiquée et/ou qui ont connu une récidive après la technique au laser, il reste celle par ultrasons », explique le Pr Christophe Baudouin, chef de service au centre national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts, à Paris, et spécialiste du glaucome à l’Institut de la vision. Mais encore récente, cette technique prometteuse n’est pour l’heure proposée que dans certains centres experts.

La presbytie

Avec le temps, le cristallin – une lentille transparente située à l’arrière de l’iris qui permet de voir net à toutes les distances, car elle est capable de modifier rapidement sa courbure – s’épaissit et perd de sa souplesse. Il devient alors difficile de passer de la vision de loin à celle de près. La distance minimale à laquelle les yeux voient net augmente (25 centimètres à 40 ans, 2 mètres à 70 ans). La presbytie évolue par sauts les premières années puis se stabilise vers 60-65 ans.
Qui est concerné ?  Tout le monde ! Certains en sont atteints dès la quarantaine, d’autres, parce qu’ils sont myopes – ce qui compense la perte d’accommodation –, sont gênés plus tard pour lire de près.
Les traitements  Ils sont multiples. Les verres progressifs sont le plus souvent proposés aux personnes myopes, astigmates ou hypermétropes, car ils assurent un bon confort visuel à toutes les distances. Ceux qui n’ont aucun autre trouble visuel peuvent s’équiper de lunettes destinées à la lecture, ou aux lunettes loupes, vendues en pharmacie. Moins chères, elles peuvent être une solution, à condition toutefois de consulter un spécialiste tous les deux ans pour vérifier l’évolution de la presbytie et dépister l’apparition d’autres troubles. Il existe aussi des lentilles de contact progressives. Autre solution : la chirurgie réfractive au laser. « Cette technique est intéressante pour la presbytie modérée et débutante, car elle permet de corriger ou de freiner son évolution, explique le Pr Christophe Baudouin. Pour la presbytie plus avancée, on peut avoir recours au remplacement du cristallin par une lentille multifocale, laquelle permet de voir aussi bien de loin que de près. » Toutefois, le port de lunettes peut encore être nécessaire dans certaines situations (fatigue, vision dans la pénombre, etc.).

La cataracte

En vieillissant, le cristallin s’opacifie. Normalement transparent et laissant passer la lumière, il permet de focaliser les rayons lumineux sur la rétine. L’image que l’on voit est alors nette. Quand il s’opacifie, la lumière ne le traverse plus correctement, ce qui laisse comme un voile sur les yeux. Les lumières vives deviennent éblouissantes, parfois les couleurs changent, l’acuité visuelle baisse. En général, les deux yeux sont touchés en même temps.
Qui est concerné ?  Très fréquente, la cataracte touche une personne sur cinq à partir de 65 ans et deux tiers des plus de 85 ans. Mais la maladie peut aussi se déclarer à la suite d’un traumatisme oculaire, d’une inflammation, d’un diabète ou encore d’une rétinite pigmentaire, et même toucher des enfants en cas de cataracte congénitale. L’exposition excessive aux rayonnements ultraviolets du soleil sans lunettes de protection peut également déclencher plus précocement la maladie.
Les traitements  La chirurgie. « Seule la gêne visuelle du patient doit guider l’indication chirurgicale, souligne le Dr Jean-François Girmens, du centre d’investigation clinique à l’Institut de la vision et ophtalmologiste à l’hôpital des Quinze-Vingts. L’intervention consiste à fractionner et aspirer le contenu du cristallin pour y placer une lentille adaptée aux yeux du patient. » « Aujourd’hui, grâce aux implants multifocaux et toriques, on peut profiter d’une intervention de la cataracte pour corriger en même temps une presbytie ou un astigmatisme, à condition de ne pas avoir de troubles visuels concomitants type glaucome ou Dmla, ajoute le Pr Christophe Baudouin. Dans ce type de chirurgie, nous avons à notre disposition de nouveaux lasers femtosecondes qui assurent une précision du geste particulièrement intéressante. »

La Dmla

La dégénérescence maculaire liée à l’âge est due à un vieillissement trop rapide de la zone centrale de la rétine, la macula, une région riche en photorécepteurs assurant la netteté et la vision des couleurs. Sans traitement, la maladie peut conduire à la perte de la vision centrale. Il en existe deux formes. La première, dite sèche, se caractérise par une accumulation de déchets sous la rétine, des modifications de pigmentation et/ou un amincissement de la macula. Ce processus est lent : baisse de l’acuité visuelle, difficultés à la lecture – comme l’impression de ne pas avoir assez de lumière pour lire –, légère déformation des images et des lignes droites, difficulté progressive à percevoir les détails, de près comme de loin, gêne de la vision nocturne sont pourtant autant de signes qui nécessitent la visite chez un ophtalmologiste. A un stade plus avancé de la maladie, des tâches noires apparaissent alors au centre du champ de vision et celle-ci est déformée. L’autre forme, dite humide, correspond à la prolifération de vaisseaux sanguins anormaux sous la rétine. Ces vaisseaux sont fragiles et laissent passer du sérum, responsable d’un soulèvement et d’un œdème de la rétine, et parfois même du sang. Contrairement à la forme sèche, ce type de Dmla évolue rapidement et peut conduire en quelques semaines à la perte de la vision centrale si la maladie n’est pas prise en charge à temps.
Qui est concerné ?  La maladie apparaît généralement après l’âge de 50 ans et sa fréquence bondit après 75 ans. Le risque de développer une Dmla est quatre fois plus important si l’un des parents ou un frère ou une sœur en est atteint. Le tabagisme multiplie par 3 le risque de survenue de la maladie, l’obésité par 2.
Les traitements  Une supplémentation en antioxydants (vitamines C et E), en certains minéraux (zinc, sélénium), en lutéine et en zéaxanthine peut ralentir la progression de la Dmla. Mais il n’existe pas encore de traitement spécifique pour prendre en charge la forme sèche. Les chercheurs explorent la piste de la thérapie cellulaire : on implante dans la rétine des cellules dérivées de cellules souches afin de renouveler le stock des cellules fonctionnelles et arrêter le processus de dégénérescence grâce à l’activité de ces nouvelles cellules. Dans la forme dite humide, les traitements anti-angiogéniques stabilisent la maladie en ciblant les vaisseaux sanguins qui se développent au centre de la rétine. Ces produits sont injectés à l’intérieur même de l’œil, sous anesthésie locale. Un nouveau traitement anti-angiogénique encore mieux ciblé est en cours de développement. Autre piste : la thérapie génique. « L’idée est de transférer un gène codant dans les cellules de la rétine, qui produirait directement un anti-angiogénique, ce qui éviterait d’avoir à pratiquer des injections dans l’œil », explique le Dr Jean-François Girmens. Mais les risques restent encore à évaluer.