Crises de paralysie, violents maux de tête et de ventre… Le 8 juillet dernier, Laura, 16 ans, et Laetitia, 20 ans, ont déposé une demande d’indemnisation à la Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux (Crci) de Lyon, dont elles dépendent. Elles sont victimes, selon elles, des effets secondaires du Gardasil, avec lequel elles ont été vaccinées, à l’instar de 1,5 million de jeunes filles en France. Commercialisé en 2006 par Sanofi-Pasteur, ce vaccin[fn]Un second vaccin existe depuis : le Cervarix.[/fn] est censé protéger contre quatre types de papillomavirus, responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus et de verrues génitales. En 2008, la revue indépendante Prescrire, la première à s’être interrogée sur le Mediator, estimait que « le profil d’effets indésirables rend raisonnable le pari de la vaccination », mais précisait néanmoins que « seule la vaccination de jeunes femmes non infectées serait cohérente à condition qu’elles n’aient jamais eu de relations sexuelles ». Or, en France, le vaccin est recommandé chez les adolescentes de 14 ans et, en rattrapage, chez celles de 15 à 23 ans, au plus tard dans l’année qui suit leur premier rapport sexuel. 4 millions de doses ont déjà été administrées. Selon l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) – qui recense 1 700 notifications d’effets indésirables, dont 82 % sont bénins –, « le rapport bénéfice-risque reste favorable ». Le Gardasil est toutefois inscrit depuis janvier dernier sur la liste des médicaments à surveiller. Car le vaccin pourrait bien avoir été mis sur le marché trop vite. Les essais n’ont duré que quatre ans. Insuffisant, selon certains experts, pour évaluer le produit.

Plus surprenant, le ministre de la Santé d’alors, Xavier Bertrand, n’a pas attendu l’avis du Comité technique des vaccinations pour en autoriser le remboursement. Il faut dire qu’à 123 euros l’injection et alors que trois sont nécessaires, le laboratoire aurait eu du mal à trouver preneur. Tout aussi troublant : en août 2010, une publicité pour le vaccin a été interdite sous prétexte qu’il n’avait pas encore fait la preuve de son efficacité, « le délai entre l’infection et l’apparition d’un cancer invasif étant estimé entre quinze et vingt-cinq ans », justifiait l’Afssaps. Alors, la vaccination est-elle vraiment utile ? Le Gardasil ne protège que contre certains virus. Il ne dispense donc pas les femmes de continuer à faire régulièrement un frottis de dépistage, seul moyen ayant contribué jusque-là à diminuer l’incidence des cancers du col de l’utérus. D’ailleurs, selon Prescrire, « on ne connaît encore ni les effets en termes de prévention du cancer du col de l’utérus ni la durée de protection conférée au-delà de cinq ans ».

Controversé aux Etats-Unis, le Gardasil l’est aussi en Europe. En Allemagne, de nombreux médecins ont demandé l’arrêt de la vaccination ; la Belgique et la Suède ont refusé de le rembourser ; l’Autriche l’a déremboursé après le décès d’une adolescente et en Espagne, suite à l’hospitalisation de deux jeunes filles, un moratoire sur la vaccination a été demandé… Selon l’Association européenne contre le cancer du col de l’utérus (Ecca), la mise en place de programmes de dépistage pourrait éviter que, chaque année, 30 000 femmes meurent de ce cancer. Des femmes issues de milieux défavorisés pour la plupart, qui échappent à la surveillance, et pour lesquelles le prix de ce vaccin – qu’il leur faut
avancer – risque d’être radicalement dissuasif.