Que se passe-t-il dans la tête et le corps d’un futur papa pendant la grossesse de sa femme ? Francis Guthleben, dans Enceint, journal d’un futur père, raconte ces neuf mois si particuliers.

Vous aviez déjà deux enfants, qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ce livre[fn]Ed. Jean-Claude Gawsewitch, 20,90 €.[/fn] sur cette troisième grossesse ?

Chaque naissance a été pour moi un bouleversement psy­cholo­gi­que majeur. Mais c’est à la troisième grossesse que j’ai un peu plus exploré mon intériorité, mes propres troubles, et que j’ai revisité mon existence. Pour mes deux premiers enfants, j’étais très jeune et accaparé par l’organisation matérielle, le couple en devenir. Au troisième, qui est arrivé plus tard, j’avais fait un travail personnel. Au fil de la grossesse, j’ai pris des notes, lu une multitude de livres car je voulais savoir pourquoi j’étais si remué. J’ai découvert que l’on parlait beaucoup des femmes, des mères, mais très peu des pères. J’ai donc voulu apporter mon témoignage car les hommes aussi vivent des chamboulements émotionnels majeurs et on n’en parle pas. J’ai souhaité leur donner la parole. Et faire en sorte que la communication s’établisse mieux entre l’homme et la femme durant ce moment si important de la grossesse.

La grossesse est donc toujours une histoire de femmes ?

Bien sûr, car les femmes vivent cette période dans leur chair. L’homme est à l’ombre du ventre de la femme. Il est persuadé de son inutilité et presque condamné au silence sur ses propres interrogations. Certes, nous ne pouvons pas porter d’enfant, mais ce livre est une invitation au partage. Partage de ce moment exceptionnel pour pérenniser les relations de couple et rééquilibrer les rôles.

Quel message adressez-vous aux hommes dans ce récit ?

Je voudrais leur dire : accédez à votre féminité, à votre intériorité, dites vos trou­bles. Car les hommes aussi sont troublés pendant cette période et il n’y a là rien de choquant. C’est l’occasion de revisiter son enfance, sa condition d’homme, le sens de sa vie. Pour moi, on ne peut pas essayer de faire le métier de père si l’on n’a pas exploré sa propre enfance. J’explore les craintes, la vie sexuelle à réinventer, le couple à recomposer. Le livre est un voyage long et exaltant pour s’accomplir en tant que papa.

Et aux femmes ?

J’espère qu’elles comprendront ce qui se passe dans la tête et le corps des hommes pendant la grossesse et qu’elles ne sont pas seules à « porter » leur enfant. Je rêve qu’ainsi les femmes soient plus proches de leurs maris ou conjoints. Le livre est un plaidoyer pour une meilleure communication au sein des couples pendant la grossesse.

Comment aider les futurs pères ?

Avec des espaces de parole pour les hommes et plus d’accompagnement au sein des maternités pour les pères, mais aussi pour les couples. On a fait énormément de progrès aujourd’hui. Le père participe aux séances de préparation à l’accouchement, est présent dans les salles de naissance, mais rien n’existe pour son accompagnement psychologique. Nous ne sommes pas préparés à la venue d’un enfant, on n’apprend nulle part à être père.

Vous avez fait de l’haptonomie pendant la grossesse, pouvez-vous nous en parler ?

L’haptonomie est une technique inventée par Frans Veldman, relayée par Catherine Dolto, que je conseille à tous les ­futurs parents. Le principe est de pratiquer des bercements par des touchers sur le ventre de la femme pour communiquer avec le futur bébé et le rassurer par la présence de ses parents. Les séances[fn]Remboursées par la Sécurité sociale dans le cadre de la préparation à l’accouchement.[/fn], conduites par une sage-femme ou un gynécologue, intègrent le papa dans la grossesse, lui permettent d’être totalement présent, de sentir le bébé. Ce sont des moments inoubliables de vrai partage de l’homme et de la femme autour du bébé. Je me suis rendu compte que l’haptonomie était très peu connue des parents et mériterait d’être popularisée.

Le mot de la fin ?

Je serai toujours un papa puceau, mais aujourd’hui je me sens un peu plus prêt !