«Il est nécessaire de réduire l’exposition au bisphénol A, en particulier pour la femme enceinte », a déclaré Marc Mortureux, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), le 9 avril, lors de la présentation d’un avis sur l’« Evaluation des risques du bisphénol A (Bpa) pour la santé humaine ». En 2011, déjà, l’Anses avait conclu à des risques sanitaires avérés du Bpa, même à faibles doses « sans attendre d’avoir des certitudes scientifiques », pointe le directeur.

L’alimentation, principal contaminant

Cette fois, les experts ont analysé tous les articles scientifiques sur le sujet et pris en compte, pour la première fois, l’exposition réelle de la population à cette substance chimique, considérée comme pertubateur endocrinien. Conclusion : 80 % de la contamination (84 % pour les femmes enceintes) provient de l’alimentation, pour moitié des boîtes de conserve dont l’intérieur est recouvert de résine époxyde contenant du Bpa, 17 % émane d’abats, de viandes et de charcuteries et 1 % à 3 % de poissons et crustacés ;  25% à 30 % découle d’une contaminaton diffuse dont l’origine n’est pas identifiée.

Attention aux bonbonnes d’eau

Autre cause d’exposition « significative », selon le rapport : l’eau issue des bonbonnes en plastique ou polycarbonate que l’on trouve surtout sur les lieux de travail. « Il suffit qu’une femme enceinte boive cinq gobelets par jour au bureau pour qu’elle atteigne le seuil de toxicité suspect », souligne Dominique Gombert, directeur de l’évaluation des risques à l’Anses. Particulièrement exposées aussi, les caissières qui manipulent à longueur de journée des tickets de caisse contenant du bisphénol A et dont l’imprégnation par la peau pourrait avoir une action plus directe sur l’organisme.

Un risque pour la glande mammaire

« Ce travail met surtout en évidence un risque potentiel pour l’enfant à naître chez la femme enceinte et, notamment, une modification de la structure de la glande mammaire au stade fœtal qui pourrait favoriser le développement d’une tumeur plus tard », note Marc Mortereux. Mais d’autres périodes de vulnérabilté sont évoquées : les nourrissons, la petite enfance, la puberté et, fait nouveau, le vieillissement. D’autres effets sur le cerveau et le comportement, l’appareil reproducteur des filles, le métabolisme et l’obésité sont aussi suspectés.

Des substituts mal évalués

En 2010, la France a retiré du marché les biberons à base de bisphénol A et depuis janvier 2013, les récipients alimentaires à destination des enfants qui en contiennent sont interdits, ils le seront au 1er janvier 2015 pour toute la population. Problème : l’Anses a répertorié 73 alternatives au Bpa, mais sans qu’elle soit certaine de leur innocuité. On sait, par exemple, que le bisphénol S utilisé par les industriels à la place du bisphénol A dans les tickets de caisse est aussi toxique que ce dernier.
 
LES RECOMMANDATIONS :
L’Anses recommande aux industriels de s’assurer de l’innocuité des substituts au Bpa. Elle demande de prendre, dès maintenant, des mesures en vue de réduire l’exposition des femmes manipulant des tickets de caisse contenant des composés de la famille des bisphénols, notamment dans le cadre de leur activité professionnelle. L’Agence souhaite également améliorer les connaissances sur la toxicité du bisphénol A chez les populations les plus sensibles. Enfin, elle recommande de revoir la pertinence de l’utilisation de valeurs toxicologiques de référence telle que la dose journalière admissible. Celle-ci est fixée à 50 microgrammes par jour et par kilo mais des études montrent des effets à des doses un million de fois plus faibles.