On connaissait déjà l’énorme travail accompli à Marseille par Claude Tressaud, président de Sos amiante cheminots, et par son équipe, au sein de la permanence [fn]* Permanence Sos amiante au 10, boulevard d’Athènes à Marseille, le jeudi après-midi de 14heures à 17heures (hors vacances scolaires). Tél. 04 91 50 71 92. Pour tout renseignement relatif au préjudice d’anxiété, demander Raymond Rolin ou Josiane Deshons.
[/fn] de l’association. Depuis de nombreuses années en effet, ils reçoivent les victimes et les aident à constituer des dossiers en vue de la reconnaissance de leur maladie professionnelle, et, lorsque celle-ci est reconnue, à compléter les dossiers leur permettant de plaider la faute inexcusable de l’employeur devant le tribunal des affaires de la Sécurité sociale.

Aujourd’hui, un collectif préjudice -d’anxiété s’est constitué au sein de l’association, composé de militants de Sos amiante et du Syndicat des cheminots retraités Cgt, qui va s’attacher à traiter les dossiers liés à ce préjudice spécifique.

«Jusqu’à présent n’étaient indemnisées que les personnes touchées par une maladie liée à l’amiante. Désormais, des agents pourront être indemnisés pour avoir été contaminés, même s’ils n’ont pas développé une maladie», déclare avec satisfaction Raymond Rolin, membre du bureau de Sos amiante et du collectif préjudice d’anxiété. La Cour de cassation a en effet confirmé que les travailleurs actifs ou retraités ayant été en contact avec l’amiante se trouvaient, du fait de leur employeur, dans une situation d’inquiétude et de stress permanents suscités par le risque de développer à tout moment une maladie liée à l’amiante. L’arrêt rendu par la Cour de cassation le 11mai 2010 rend normale la compétence d’une juridiction civile, ce qu’est le conseil des prud’hommes, en considérant que le non-respect de l’obligation de sécurité de la part de l’employeur relève de la non-exécution du contrat de travail.
«Le préjudice d’anxiété, c’est la peur, lorsqu’on a vécu réellement cette pollution, d’avoir dans les poumons des fibres qui peuvent causer des maladies graves et souvent mortelles. C’est l’obligation de vivre au quotidien avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête; l’appréhension ressentie à chaque bronchite, à chaque toux rebelle, de développer une de ces maladies de l’amiante; la crainte de découvrir que des résultats d’examens ou des clichés thoraciques sont inquiétants ou mauvais. C’est, en somme, un sentiment oppressant pour son propre avenir, et pour celui de sa famille», énonce Raymond Rolin. D’où l’intérêt de faire reconnaître ces troubles moraux et psychologiques qui ont des conséquences sur la vie de tous les jours, et qui sont de la responsabilité des employeurs, afin de pouvoir en être indemnisé.

A noter, cependant, qu’une restriction sur le préjudice d’anxiété dû à l’amiante est intervenue: la loi du 17juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile a fait passer le délai de prescription de trente ans à cinq ans pour la reconnaissance des cas de préjudice d’anxiété plaidés devant les prud’hommes dans le cadre de demandes de complément de l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Acaata). «C’est la raison impérative pour remplir les dossiers rapidement et permettre leur saisine par nos avocats au plus tôt», conseille Raymond Rolin.