«Il n’y a aucune ambiguité. Jamais une mutuelle ne pourra être aussi solidaire que la Sécurité Sociale. Et c’est pour cela que nous la défendons. Cependant, nous sommes obligés de constater que celle ci ne rembourse plus que 50 % des soins courants. Alors, si une reconquête de la Sécu s’impose, aujourd’hui, sans mutuelle, impossible de se soigner».

Etienne Caniard, Président de la Mutualité Française, a exprimé ses inquiétudes à la tribune du Congrès des Mutuelles de France à Dijon le 13 octobre 2014. L’accès aux soins en France est en péril. Le renoncement aux soins n’a jamais été aussi important, à hauteur de 26 % (chiffres Irdes) et même de 33 % selon le baromètre Europ assistance qui note une augmentation de 6 % en un an quand ce taux baisse dans tous les autres pays européens. «Nos déficits de protection sociale augmentent. Pourquoi pas, si cela permettait un accès aux soins de toute la population ? Mais aujourd’hui, c’est la double peine. Nous n’arrivons à réduire ni les déficits, ni le renoncement aux soins. Alors qu’elles sont plus que jamais indispensables, les mutuelles sont de plus en plus inaccessibles. Nous sommes dans une situation de pré-catastrophe sanitaire».

Etienne Caniard rappelle l’urgence de supprimer les taxes sur les complémentaires. En 2008, un adhérent payait sur son contrat 13 euros par an de taxes, c’est 80 euros aujourd’hui. « Nous continuerons à nous battre pour qu’elles soient levées. Car nous ne réclamons pas un allégement de la fiscalité pour les mutuelles mais pour les adhérents qui ont besoin d’une mutuelle. Ils étaient 2,8 millions à ne pas avoir de complémentaire santé en 2010, 3,3 millions aujourd’hui»

L’absence de mutuelle, de tiers-payant en médecine de ville conjugué aux dépassements d’honoraires font que les Français se tournent vers un hôpital public au bord de l’implosion et auquel on demande de jouer le rôle de «filet de sécurité».

«Le Tiers-payant, auquel j’attache beaucoup d’importance, est la deuxième cause de renoncement aux soins. Il ne faut pas le réserver à ceux qui ne peuvent pas faire l’avance de frais, comme le propose le gouvernement en le mettant en place pour les seuls bénéficiaires de l’Aide à la Complémentaire Santé. Agir ainsi, ce serait remettre en cause le principe d’universalité de la Sécu. C’est à dire, celui de prendre en charge les patients en fonction de leur état de santé et non de leur revenus».