Est-ce une question de gènes ?

Pas de mystère : si Jeanne Calment a pu vivre jusqu’à 122 ans, c’est qu’elle était dotée d’un capital génétique exceptionnel. « Ces records de longévité observés chez certains supercentenaires sont majoritairement liés à des facteurs génétiques, et donc à l’hérédité », reconnaît Simon Galas, directeur du laboratoire de biotechnologies du vieillissement à l’université de Montpellier. Rien d’étonnant alors à ce que, dans certaines familles, frères et sœurs vivent plus de 100 ans ! De quoi passionner les chercheurs qui essayent de percer les secrets inscrits au plus profond de leurs cellules : les gènes.
Plusieurs ont été identifiés, comme le gène ApoE, qui est impliqué dans le transport du cholestérol et est clairement surreprésenté chez les centenaires. L’étude du génome de centenaires japonais a également révélé que certaines formes du gène Foxo3A étaient liées à une augmentation de la longévité et à une meilleure santé – moins d’affections cardiaques, de cas de cancers, de diabète…
« Toutefois, il semble qu’aucun gène ne soit associé à lui seul à la longévité d’un individu. Ce sont plutôt des groupes de gènes, les gérontogènes, qui exercent ensemble leurs effets sur le vieillissement, ce qui démontre toute la complexité du phénomène », explique Simon Galas.
Autre bémol : la prédisposition génétique ne suffit pas pour faire des vieux os, encore faut-il ne pas rencontrer d’aléas au cours de l’existence qui perturbent celle-ci. « Il existe des facteurs dits épigénétiques qui modifient l’activité du génome et peuvent influer sur la longévité programmée d’une personne de façon positive ou négative, souligne Simon Galas.
L’environnement et le mode de vie jouent un rôle non négligeable dans la longévité. On sait, par exemple, que des jumeaux monozygotes ne vieilliront pas de la même façon ni aussi longtemps l’un que l’autre. »
Pour autant, la science progressant à pas de géant, ne sera-t-il pas possible d’aider bientôt Dame Nature à prolonger la vie par manipulation génétique ? « A priori non, car il faudrait modifier le fonctionnement d’un ensemble de gérontogènes pour aboutir à une réelle modification de la longévité », affirme Simon Galas.
De plus, toucher aux gènes, c’est aussi courir le risque de perturber d’autres mécanismes biologiques. Des études menées en 1993 sur le ver Caenorhabditis elegans ont effectivement permis de doubler sa longévité en réduisant, par mutation, l’activité d’un seul gène (Daf-2), mais ce gain de vie s’est fait aux dépens d’une baisse de la fertilité et d’un métabolisme modifié…

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