Environ 10 000 adolescentes tombent enceintes chaque année. Quelles sont les raisons de ces grossesses précoces ? Et si celles-ci sont menées à terme, comment accompagner au mieux la jeune mère et l’enfant ?

Bon nombre de grossesses précoces sont accidentelles (oubli de pilule, rupture de préservatif) ou dues à l’absence de contraception à cause d’idées reçues telles que : on ne peut pas être enceinte au premier rapport, ni pendant les règles, la pilule rend stérile ou donne le cancer. Si certaines jeunes filles choisissent d’avorter (voir encadré), d’autres décident de garder l’enfant. Ainsi, chaque année, en France, près de 4 500 bébés naissent de mères de moins de 18 ans.

Parmi les raisons qui poussent une adolescente à devenir mère, on trouve les rites d’initiation dans les communautés à forte tradition, où la maternité signe le passage à l’âge adulte. Ces jeunes filles, la plupart du temps en couple, sont accompagnées par leur famille, à commencer par les femmes, surtout après la naissance de l’enfant.

Pour d’autres, dont les conditions de vie sont difficiles, la grossesse est un appel au secours inconscient, un moyen pour elles d’attirer l’attention. Dans ces cas-là, les dénis de grossesse ne sont pas rares. Quand, enfin, la jeune fille s’aperçoit qu’elle est enceinte, elle n’a pas d’autre choix que de garder le bébé. Il arrive aussi que de très jeunes couples décident de façon réfléchie d’avoir un enfant. Pour ces jeunes, souvent déscolarisés, sans travail, la création d’une famille leur apporte une forme de reconnaissance sociale, qu’ils ne trouvent pas par ailleurs.

Enfin, il y a le cas de jeunes filles en rupture sociale et familiale, parfois toxicomanes, à qui l’enfant apparaît comme la solution miracle. Ces grossesses « réparatrices » sont les plus compliquées : car l’enfant, une fois né, bien entendu ne résoudra pas les problèmes de sa maman.

Déculpabiliser l’adolescente

Même quand la jeune fille est entourée et soutenue, le test de grossesse va malgré tout générer beaucoup d’émotion, voire de la sidération et de l’incrédulité, chez les proches. Patrick Alvin, pédiatre, écrit : « Quand survient une grossesse chez une adolescente, l’entourage adulte reçoit simultanément trois mauvaises nouvelles : “ elle a une vie sexuelle ”, “ elle est enceinte ” et “ et si jamais elle l’avait cherché ? ” ! » Ces grossesses sont souvent perçues comme accidentelles, ce qui n’est pas toujours vrai. Inconsciemment, prendre le risque de tomber enceinte peut aussi servir de test de fécondité. L’ado enceinte est généralement jugée coupable de n’avoir pas su gérer son devoir contraceptif et d’avoir « fait une bêtise ». D’où l’importance de la déculpabiliser, voire également son petit copain et ses parents. S’il est ­encore possible de recourir à une Ivg, il faut prendre le temps de réfléchir, mais c’est à la jeune fille seule de décider de garder ou pas le bébé.

Si elle choisit d’avoir son bébé, elle n’encourt pas de risque particulier, hormis un nombre plus élevé d’accouchements prématurés que la moyenne. Les « complications » sont d’un autre ordre – affectif, psychosocial… – et surgissent après la naissance, entraînant dans la plupart des cas la déscolarisation de la jeune maman.

L’adolescence et la maternité sont deux étapes « maturatives » qui ne sont pas supposées se produire en même temps. La grossesse de l’adolescente vient bousculer le processus de maturité. L’égocentrisme inhérent à l’adolescence complique la relation au bébé. La très jeune mère a plus de mal à distinguer les besoins de l’enfant des siens propres et à s’y ajuster.

Si les mères adolescentes sont en général assez habiles pour donner le biberon, changer une couche, satisfaire les besoins primaires de leur enfant, le materner et jouer avec lui, leur jeune âge les empêche d’avoir l’attitude régressive des autres mères (babillages) lors des jeux. D’où l’importance de mettre en place un « étayage » (accompagner sans faire à sa place) par des professionnels afin de prévenir les troubles de l’attachement mère-enfant, voire les négligences et les maltraitances qui surviennent parfois beaucoup plus tard, et de favoriser le développement cognitif de l’enfant. Cet étayage signifie, par exemple, de laisser la maman s’échapper avec son petit copain et ses copines afin qu’elle mène par intermittence sa vie d’ado et, ainsi, mettre le bébé à l’abri. Autant que faire se peut, le « papa ado » est impliqué dans son rôle, même si le jeune couple vit rarement ensemble.

Dans les cas de grossesses réparatrices et de grand isolement, il y a risque de marginalisation, de déscolarisation ou d’une répétition dans le cas d’une maltraitance subie. A noter qu’il existe une « répétition de la parentalité à l’adolescence » : bon nombre de mères très jeunes sont elles-mêmes le fruit de maternités précoces !

 

Les interruptions volontaires de grossesse chez les mineures

En 2005, 5,9 % des Ivg pratiquées en France concernaient des mineures. Deux tiers des grossesses des moins de 18 ans se soldent par une Ivg.
Le 7  février, à Toulouse, lors d’une journée intitulée « Adolescence
et grossesse »*, le Pr Israël Nisand, responsable du pôle de gynécologie-obstétrique du Chu de Strasbourg et spécialiste de l’information des jeunes sur la sexualité, déclarait : « Deux tiers des Ivg chez les adolescentes pourraient être évitées par une meilleure information […] ainsi que par la généralisation de l’anonymat et de la gratuité dans l’accès à la contraception. Cette information souffre de la baisse drastique des effectifs de médecins et infirmières scolaires ainsi que de la pression des associations
de parents d’élèves opposées aux interventions de professionnels de la santé ou du planning familial en milieu scolaire. »
La loi impose aux mineures demandant une Ivg un entretien psychosocial
où elles doivent être accompagnées d’un adulte de leur choix, mais pas forcément un parent. Une fois cette démarche effectuée, l’Ivg pourra
se faire dans le respect de l’anonymat et gratuitement.
* Organisée par le Réseau adolescence partenariat (Rap 31) de Haute-Garonne et le réseau des maternités de Midi-Pyrénées (Matermip), à l’intention des professionnels de la santé, du social et de l’éducation.