Khalid Iboussissen, généraliste, travaille à La Courneuve, aux portes de Paris. Comme la plupart des communes du 9-3, la ville connaît une pénurie de médecins. « Nous sommes en sous-effectifs, explique le Dr Iboussissen, et cela va s’aggraver avec le départ à la retraite de nombreux médecins qui ne trouvent pas de repreneurs pour leur cabinet… Je travaille de 9 heures à 21 heures, et je croule sous les demandes de consultation, d’autant que nous voyons venir jusqu’à nous des patients de Drancy ou de Saint-Denis. »

Il y a quelques années, il avait souhaité trouver un remplaçant pour les deux demi-journées par semaine durant lesquelles il n’exerce pas, et pour prendre ses vacances (cinq semaines par an) : « A la suite de mon annonce, j’avais des appels, mais lorsque je disais que c’était pour exercer à La Courneuve, on me raccrochait au nez. »

Il y a quelques mois, la caisse d’assurance-maladie l’a convoqué. « Elle trouvait que je voyais trop de patients par jour, une cinquantaine… En effet, c’est énorme. J’ai dit au responsable : “ Montez dans ma voiture et venez avec moi pour voir le nombre de patients qui attendent dans ma salle d’attente. Alors, je fais comment ? Je refuse de les soigner ? Proposez-moi une solution. ” »
Quand on lui demande comment résoudre ce problème, le Dr Iboussissen avoue son étonnement à propos de la liberté d’installation. Il a fait ses études de médecine au Maroc : « Comme en France, l’Etat marocain paye les études des futurs médecins. Mais là-bas on estime que ces derniers ont une dette à son égard et qu’ils doivent la “ rembourser ”. Durant vos deux premières années d’exercice, vous êtes affecté, par tirage au sort, à un centre de santé du pays. Ensuite certains décident de rester, d’autres non, mais vous êtes libre de faire autre chose. Pourquoi ne pas imaginer un tel système en France ?  »

De nombreux pays, comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Angleterre, ainsi que le Québec, ont restreint la liberté d’installation des jeunes médecins sans que cela provoque de drames nationaux.

Le Dr Khalid Iboussissen se souvient, lui, avec un vrai plaisir de cette période de jeunesse et d’apprentissage. « J’étais le seul médecin à 200 kilomètres à la ronde. Je faisais tout : les accouchements, les vaccinations, les urgences, la prévention. J’ai beaucoup appris. Pour les populations locales, ma présence était essentielle. » Un système gagnant-gagnant, dont les médecins français, dans leur grande majorité, ne veulent pas entendre parler.