Inlassablement, depuis 2004, ils arpentent le pavé pour manifester et faire signer des pétitions devant des cliniques. Ils ont organisé des débats et des projections de films traitant de la dérive de notre système de santé, pourtant considéré comme l’un des meilleurs du monde. Le 19 janvier, ils rassemblaient une centaine de participants devant l’hôpital Pellegrin, à Bordeaux, contre les dépassements d’honoraires dans le cadre des consultations privées à l’hôpital public.
Ils, ce sont des militants de la coordination Gironde du mouvement Notre santé en danger (Nsed)*, laquelle fédère une cinquantaine d’associations, de partis politiques, de syndicats et de mutuelles adhérentes à la Fédération des mutuelles de France. Mutuelle Entrain Aquitaine Nord (cheminots) et Mutami y sont très impliquées.
Ils s’inquiètent de la progression des dépassements, qui a franchi un nouveau seuil en Gironde. « Ils ont progressé en volume, car certains médecins ont augmenté le montant de leurs dépassements et parce que des praticiens nouvellement installés s’inscrivent en secteur 2. De plus, les dépassements gagnent de nouvelles spécialités, jusque-là épargnées. Des radiologues, par exemple, en facturent pour une échographie ou une radio pulmonaire », s’insurge Bernard Coadou, médecin généraliste bordelais fraîchement retraité, fondateur du mouvement.
Il prend l’exemple de l’urologie en Gironde. « A l’hôpital public, pour un prélèvement de prostate en cas de suspicion de cancer, c’est deux mois d’attente au minimum pour une consultation en secteur 1 avec le chef de service… contre une dizaine de jours dans les 20 % de consultations privées en secteur 2 que ce spécialiste est autorisé à pratiquer. Mais dans ce cas, le dépassement est de 80 à 100 euros, plus un autre à négocier secondairement pour l’intervention ! »
Autre problème récemment enregistré : on ne se gêne plus, dans certaines cliniques privées, pour imposer des dépassements aux personnes à faibles revenus et gravement malades. Ainsi, pour une prostatectomie, un bénéficiaire de l’aide médicale d’Etat s’est vu facturer 1 795 euros de dépassements, somme pour laquelle il a dû s’endetter ! La coordination entend bien contacter le cabinet d’urologie pour négocier la baisse de ces tarifs « sans tact ni mesure »…
Devant la gravité de ces dérives, la coordination interpelle désormais les institutions et les associations : l’agence régionale de santé, la caisse primaire d’assurance-maladie, l’Union régionale des professionnels de la santé libéraux, la Mutualité française d’Aquitaine ou encore l’Ufc-Que choisir. « Nous poursuivons nos actions collectives, mais ça ne suffit plus. Il faut qu’une volonté politique nouvelle change le statu quo inacceptable », affirme Bernard Coadou.
* Issue de la coordination santé-solidarité Gironde (Coss 33), créée en 2004 pour s’opposer à la généralisation des dépassements d’honoraires et, plus largement, aux restes à charge des assurés sociaux (franchises, hausse du forfait hospitalier, etc.).

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