L’économie sociale fait du gringue aux jeunes

Un programme public-privé vient d’être lancé pour inciter les jeunes à rejoindre l’économie sociale et solidaire.
Alors que l’économie sociale et solidaire (Ess) représente 10 % de l’emploi salarié en France, le secteur reste globalement méconnu. Notamment des jeunes. D’après un sondage CSA [fn]Réalisé par Internet du 1er au 7 juin auprès d’un échantillon représentatif de 535 personnes âgées de 16 à 30 ans.[/fn], seuls 12 % des 16-30 ans savent clairement ce qu’est l’Ess, contre 37 % qui ne le savent pas vraiment.

Cette enquête d’opinion a été commandée à l’occasion du lancement du programme Jeun’ESS, le 30 juin, fruit d’un partenariat public-privé entre l’État (ministères des Solidarités et de l’Éducation nationale), la Caisse des dépôts et six entreprises et fondations de l’Ess (Fondation du Crédit coopératif, Fondation la Mondiale, Fondation Macif, Fondation Groupe chèque déjeuner, Maif et Mgen). Un programme d’une valeur initiale de 1,3 million d’euros, auxquels l’État va ajouter une rallonge de 300 000 euros pour 2012. Objectif : faire connaître le secteur aux jeunes et leur donner envie de le rejoindre.

D’après le sondage, l’Ess a toutes les chances de séduire. En effet, si les 16-30 ans n’ont pas vraiment conscience de ce que c’est dans son ensemble, ils ont une image plutôt positive des associations (83 %), des entreprises sociales et coopératives (69 %), des mutuelles (67 %) et des fondations (60 %). 79 % des sondés estiment qu’elle peut faire évoluer la société dans le bon sens (50 % pour les pouvoirs publics, autant pour les entreprises privées lucratives). Quant à ceux qui connaissent l’Ess, 85 % en ont une bonne image.

Pour Hugues Sibille, président de l’Avise (Agence de valorisation des initiatives socio-économiques) et opérateur du programme Jeun’Ess, il est important de promouvoir l’Ess en tant qu’entité : « Elle répond à un certain nombre d’enjeux de société aujourd’hui », assure-t-il, convaincu qu’elle peut être le moteur d’un changement global.

Besoin de renouvellement

La sensibilisation des jeunes est d’autant plus nécessaire qu’« une partie importante des salariés de l’Ess vont partir à la retraite dans les dix ans, s’inquiète Hugues Sibille. Le secteur a besoin d’embaucher, d’avoir des militants, sinon il s’éteint. »

« Il y a eu une génération de militants qui a fait cette Ess et il y a maintenant un besoin de renouvellement, d’attirer un nouveau public, renchérit Roselyne Bachelot, la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, présente pour le lancement du programme. C’est un pan très important de notre économie, ce ne sont pas quelques petites structures parsemées ici ou là. Il faut vraiment considérer ce secteur comme un laboratoire de l’innovation sociale. » Or les jeunes ont justement « un potentiel d’innovation tout à fait important », pour le président de l’Avise.

Le programme Jeun’Ess s’articule autour de trois axes :
– la promotion du secteur en direction des jeunes : il s’agira de faire connaître l’Ess, en passant notamment par le milieu éducatif et Internet, et ainsi de donner envie aux jeunes de la rejoindre ;
– la valorisation des initiatives des jeunes dans le domaine : pour cela, un appel à projets réservé aux moins de 30 ans vient d’être lancé ;
– l’amélioration de l’intégration des jeunes dans les entreprises de l’Ess, et notamment dans la gouvernance.

Pour l’heure, les 16-30 ans indiquent majoritairement souhaiter travailler dans le secteur public (42 %) et dans le secteur privé lucratif (35 %), le secteur de l’Ess n’arrivant que troisième (23 %). La situation économique étant ce qu’elle est, sécurité de l’emploi et rémunération priment sur l’utilité sociale.