La semaine dernière, un laboratoire annonçait le lancement de la première étude sur le Baclofène auprès de 300 patients, coordonnée par le Pr Michel Reynaud, addictologue à l’hôpital Paul Brousse à Paris. Réaction du Dr Bernard Jousseaume, généraliste à Bandol et fondateur de Aubes [fn] L’association vient d’avoir l’autorisation par les organismes conventionnels de former des médecins à la prescription du Baclofène. Une reconnaissance.[/fn], une association d’utilisateurs du Baclofène créée en 2010. Il fait partie des premiers médecins à avoir prescrit ce médicament à des patients alcooliques qui voulaient arrêter de boire.
Que pensez-vous de l’étude qui vient d’être lancée sur la Baclofène ?

C’est une mascarade et la communication est malhonnête. On a l’impression que c’est la première étude, ce qui est faux. En mai dernier, une étude, Bacloville, sur 320 patients suivis pendant un an, a démarré sous la responsabilité du Pr Jaury, dont l’objectif est d’évaluer l’efficacité du Baclofène par rapport à un placebo. De plus, l’étude qui vient d’être annoncée se limite à une dose de Baclofène de 180 mgr par jour. Ce parti pris est honteux. Les médecins comme moi qui prescrivent ce médicament depuis au moins trois ans constatent que leurs patients deviennent indifférents à l’alcool avec, en moyenne, 150 mgr par jour mais il y en a qui sont obligés de prendre 200 à 300 mgr quotidiennement. Que va-t-il donc se passer pour ceux à qui les 180 mgr ne suffiront pas ? Va-t-on les laisser tomber ? Il est dommage que, à aucun moment, les promoteurs de la nouvelle étude nous aient demandé conseils et n’aient fait référence aux 20 000 à 30 000 patients déjà sous Baclofène et qui ne boivent plus. C’est comme s’ils n’existaient pas. Je suis étonné, également, que l’étude soit réalisée sur des patients déjà sevrés.

Pourquoi ?

J’ai le sentiment que l’obscurantisme, qui prévalait y a deux cent ans, à savoir que l’arrêt de l’alcoolisation doit commencer par l’abstinence, est toujours de mise. Imaginez un patient qui vient voir son médecin pour trouver de l’aide face à son problème d’alcool et à qui celui-ci répond « Et bien, commencez par arrêtez de boire ». Seuls les abstinents mériteraient-ils que l’on s’occupe d’eux ? Les autres seraient-ils considérés comme des faibles ? La révolution du Baclofène, c’est qu’on soit passé du statut de l’abstinence au statut de l’indifférence à l’alcool. Et que, justement, des patients puissent se sevrer, se guérir même, sans trop souffrir. Ce qui ne veut pas dire que le Baclofène soit la solution miracle ou qu’il soit suffisant de prendre ses comprimés pour être sorti d’affaire. C’est une contrainte aussi de prendre ce médicament, il faut s’y forcer parfois. Il ne remplace pas tout : souvent, les patients alcooliques ont besoin de soutien psychologique de la part des différents acteurs sociaux, de leur famille et de leurs amis.

Y’-a-t-il beaucoup de médecins qui prescrivent du Baclofène aujourd’hui ?

Le seul avantage de cette nouvelle étude, c’est que le sponsor étant un laboratoire, il va pouvoir demander une autorisation de mise sur le marché de son médicament. Si les autorités sanitaires l’acceptent, les médecins pourront le prescrire. En avril dernier, suite aux bénéfices constatés dans plusieurs études d’observation, l’Afssaps a autorisé la prescription du Baclofène au cas par cas. Cela a permis de libérer 500 médecins qui le prescrivaient déjà hors indication mais il y en a toujours 120 000 autres qui ne le prescrivent pas. A partir du moment où le Baclofène sera vraiment indiqué dans le traitement de l’alcoolisme, les patients seront remboursés. Ce n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’il est prescrit hors AMM sauf dans les cas où le médecin prescripteur fait une demande de remboursement exceptionnel auprès de la caisse d’assurance maladie. Actuellement, la boîte de 30 comprimés coûte trois euros. A 150 mgr par jour en moyenne, le patient doit payer 45 euros de sa poche. Alors que l’alcool coûte des milliards d’euros à la sécurité sociale tous les ans, l’assurance maladie aurait du avoir l’intelligence de le rembourser dès que l’Afssaps a élargit l’indication. Là, si les résultats de l’étude sont concluants, le laboratoire va mettre sur le marché un médicament à libération prolongé avec un dosage différent qui va coûter trois fois plus chers que celui qui existe actuellement.

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