« Une fois le secret de ma conception révélé, mes liens avec ma famille se sont renforcés »

Cela fait trois ans que j’ai appris, j’avais alors vingt-trois ans, que mes parents avaient recouru à un donneur anonyme pour me concevoir. Ma grand-mère avait fait des allusions… Un jour j’ai mis les pieds dans le plat. Ma mère m’a alors révélé le « Secret de famille ». Mon frère et moi étions nés d’un don anonyme. Je me suis rendue au Cecos de Tours pour savoir, entre autres, si nous avions le même géniteur, comme ma mère l’avait demandé. Officieusement, cela a été le cas, mais je n’ai pas pu en obtenir la preuve formelle. Cette découverte n’a pas changé ma relation à mes parents. Au contraire, la levée du secret a renforcé nos liens. Pour moi, il n’y a aucun doute. Mon père, c’est celui qui m’a élevée, qui a toujours été là pour moi. Mais un géniteur reste un géniteur. Je ne recherche pas un père, seulement à satisfaire une curiosité et obtenir des éléments sur une partie de mon identité, de mes racines : un visage, un métier… Je pense que cet aveu a libéré mes parents d’un secret qui probablement les rongeait. J’imagine que tous les pères dans cette situation doivent craindre que leur enfant les rejette. Je ne les juge pas. Je ne leur en veux pas. J’aurai simplement aimé savoir plus tôt. Je sais combien ce qu’ils ont vécu n’a pas dû être facile. La stérilité pour mon père, le désir de porter un enfant pour ma mère qui l’a conduite à préférer cette démarche à celle de l’adoption… Quand un couple projette de faire un enfant, il est dans son désir présent. Il ne mesure pas les conséquences pour l’enfant plus tard.… J’aurais aimé que la loi évolue dans le sens de la levée de l’anonymat.

Catherine « Je suis contre la levée de l’anonymat »

J’ai suivi avec effroi le débat autour de la levée de l’anonymat. J’ai donné mon sperme il y a une vingtaine d’années parce que j’étais sensible au désarroi des familles qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. Parfois, aujourd’hui, je fais le cauchemar d’adultes qui viennent frapper à ma porte en me disant «Papa». Bien sûr, la loi ne sera pas rétroactive, mais l’anonymat est l’un des fondements du don en France. Il doit le rester. Etienne « J’accepterais de rencontrer les enfants nés de mon don » En 1974, j’avais trente et un ans. J’avais déjà deux enfants. Ma femme et moi n’en voulions plus. J’ai décidé de pratiquer une vasectomie. On m’a proposé de congeler des paillettes au cas où je changerais d’avis et souhaiterais avoir à nouveau un enfant. Par la même occasion, on m’a proposé de donner pour un couple stérile. 
J’ai donc donné mon sperme au Cecos de Bicêtre. 
Aujourd’hui, l’âge aidant, je comprendrais fort bien que ceux ou celles qui sont né(e)s grâce à mes dons cherchent à me rencontrer et je l’accepterais volontiers. Je crois que cela me ferait plaisir de savoir s’ils me ressemblent et ce qu’ils sont devenus… Ils ont sans doute une trentaine d’années. Pour moi les choses sont claires… Je ne suis pas le père de ces enfants, mais je me sens une responsabilité. Savoir que peut-être un des enfants nés d’un de mes dons souffre de ne pas connaître ses origines me met mal à l’aise. Ces enfants, combien sont-ils ? 4, 10 ? Plus ? Je n’en sais rien. Mes enfants aussi se posent des questions sur ces adultes avec lesquels ils ont un bagage génétique commun.

Alain Treboul « Je craignais d’être le fruit d’un viol »

Depuis l’âge de seize ans, je ressentais un trouble concernant mes racines, ma conception. J’ai entamé une psychanalyse qui s’est achevée dix ans plus tard. Parallèlement, j’ai entrepris des études de droit pour devenir avocat. J’ai suivi durant un an un troisième cycle de droit médical à Paris VIII, me passionnant pour les questions d’éthique, concernant notamment les nouvelles pratiques médicales, la génétique… 
J’ai découvert à vingt-cinq ans, et parce que je leur ai posé la question, ce que mes parents n’avaient jamais réussi à formuler auparavant : ma conception à l’aide du sperme d’un donneur anonyme. Cette information m’a d’abord rassuré, car, au fond de moi, je craignais d’être le fruit d’un viol ou d’une histoire sombre et scabreuse. Avec le temps, je me retrouve confronté à l’impossibilité d’en savoir plus, d’avoir accès à des informations qui me concernent. Cette impossibilité fait naître en moi un sentiment d’injustice. 
Cette injustice prend sa source dans le système médical tel qu’il est mis en place à ce jour : un couple stérile demandeur d’enfant
, un donneur anonyme demandeur de don, le corps hospitalier récepteur des demandes,
 l’Etat, qui fixe le cadre des responsabilités de chacun.

 L’enfant qui vient à naître de cette relation quadrilatérale n’a aucun droit, ni celui de savoir (c’est au bon vouloir des parents de dire ou de ne pas dire), ni celui d’obtenir des informations sur son donneur lui permettant d’avoir accès à une partie de ses racines composant sa propre histoire (anonymat obligatoire). 
 Par ailleurs, en cas de problèmes, de survenance d’une maladie rare, celui–ci sera privé de tous éléments d’information concernant son histoire génétique, ce qui pourrait ainsi mettre à mal une tentative de soins, voire de guérison.
 L’homme que je suis ignore une partie de ce qu’il est, parce qu’il ignore une partie de ses racines, de son histoire, de ses origines. C’est plus qu’étrange de ressentir une part d’étranger en soi, surtout lorsque l’on regarde son propre père, et que lui aussi ressent cette part d’étranger en moi. 
Dans une époque où les problèmes de stérilité augmentent, il y a lieu de s’interroger sur le maintien d’un système fondé sur l’anonymat, permettant jusqu’à ce jour un flou total sur la réalité des actes médicaux effectués, sur le nombre d’inséminations pratiquées à partir d’un seul don, et créant pour les enfants Iad une situation indigne où ces derniers sont privés de leur dossier médical et de la connaissance des acteurs qui ont contribué à leur naissance.