Meilleur système du monde, pour les uns, gouffre sans fond pour les autres, comment se faire vraiment une idée ? Grande spécialiste du dossier, Dominique Polton fait l’état des lieux, des savoirs et des controverses autour du système français de santé dans un ouvrage, la Santé pour tous, publié à la Documentation Française et qui vient de recevoir le prix de l’Ecole nationale supérieure de Sécurité sociale (E3ns).

«Lorsque l’Oms a classé le système de santé français comme le meilleur au monde, on l’a porté aux nues. Aujourd’hui, il est vilipendé. On parle d’un vrai fiasco. Or, notre système de santé n’est ni tout blanc, ni tout noir. On constate qu’en définitive, il n’a pas tellement changé. Il est toujours très bon en ce qui concerne le curatif. Sans notre système d’assurance-maladie, la plupart des Français ne pourraient pas recourir à des soins extrèmement coûteux et de qualité et c’est tout à l’honneur du système Français», témoigne Dominique Polton.

En revanche, l’économiste déplore que notre système de soins soit mauvais en ce qui concerne les inégalités de santé. Pour elle, si les problèmes de reste à charge sont réels, ils ne sont pas seuls en cause. «Un des grands facteurs d’inéquité est le fait que chacun est libre d’organiser son parcours de soins comme il l’entend. Le patient est libre de choisir ses professionnels de santé. Il a un “droit à tirage” et utilise le système de soins à sa guise et, bien sûr, chacun ne l’utilise pas de la même façon selon son milieu social et ses revenus.» La situation est d’autant plus complexe qu’il n’est pas lisible. Par exemple, il est incroyable que les Français ne sachent pas précisément ce qui restera à leur charge lorsqu’ils s’engagent dans un parcours de soins. «Les systèmes plus “rationnés”, comme ceux de Grande-Bretagne ou de Suède, instaurent une meilleure équité de base. Mais je ne suis pas sûre que les Français accepteraient cela. »

Pour l’économiste, le système de soins n’est pas seul en cause. Certes, les difficultés d’accès aux soins, de reste à charge sont réelles, mais les inégalités de santé se fabriquent aussi très en amont, dès la petite enfance.

«Ce que l’on peut regretter, c’est que notre système de santé ne soit pas plus “proactif”, qu’il attende que les gens viennent à lui, alors que beaucoup y renoncent comme de nombreux bénéficiaires de la Cmu-c ou de l’aide à la complémentaire santé (Acs).

Dans son livre, Dominique Polton tente de recenser ce qui fonctionne bien chez nous, ce que l’on pourrait améliorer, en regardant aussi ce que font nos voisins européens, même si chaque système de santé fonctionne  avec ses propres valeurs imprégnées de l’histoire de chaque pays : « Quelles sont les nôtres aujourd’hui; la liberté ? l’égalité, l’équité ?» Dominique Polton en donne, elle, sa propre vision : «La priorité est d’essayer de faire mieux avec l’argent disponible, en protégeant les plus vulnérables.»