Ancien patron d’un service de chirurgie plastique bordelais, Dominique Martin a tout quitté pour devenir magicien auprès d’enfants hospitalisés.

Le mercredi matin, les couloirs des services pédiatriques de l’hôpital de la Timone, à Marseille, résonnent des exclamations de joie des enfants. Celui qui leur permet de s’évader ainsi, c’est Dominique Martin, alias Martingale le magicien. Lorsqu’il fait apparaître dans ses mains cartes, balles ou foulards en gesticulant comme de Funès, qui imaginerait que sous son chapeau à paillettes se cache un spécialiste reconnu de microchirurgie ?
Dominique Martin a été chef du service de chirurgie plastique du centre hospitalier universitaire (Chu) de Bordeaux, spécialiste du noma (terrible gangrène du visage qui fait des ravages dans le Sahel), et fut, en 2006, le premier chirurgien au monde à réaliser une opération en apesanteur à bord d’un avion « zéro gravité ».
« Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours voulu être chirurgien, explique-t-il. Mais je suis d’origine très modeste, et je trouvais cela prétentieux d’en parler à mes copains. » « Enfant chétif et bagarreur », selon ses propres mots, il est aussi un acharné du boulot. Son rêve atteint, il commence à travailler comme chirurgien esthétique spécialiste des reconstructions faciales et des membres supérieurs et inférieurs à Clermont-Ferrand, sa ville d’origine. Puis il est nommé professeur au Chu de Bordeaux.

De petites joies dans l’épreuve

Les hôpitaux, Dominique Martin va aussi les fréquenter avec son fils, Loïc, ­atteint d’une leucémie. « Pendant ses nom­breux séjours à l’hôpital Necker, à Paris, mon épouse, Marie-Jo, et moi avons réalisé combien le milieu hospitalier était triste pour ces petits. » Loïc décède en 1995. « Il avait neuf ans, c’est le drame de ma vie… » Dominique fait alors le serment d’offrir du réconfort aux enfants malades. Amateur de magie, il décide de s’y former professionnellement. L’appren­tissage est long, difficile, mais, en 1998, « encore plus ému que pour [ses] examens de médecine », il reçoit la baguette magique des membres de la Fédération française des artistes prestidigitateurs.
Martingale donne ses premiers spectacles à l’hôpital de Bordeaux puis dans le service de cardiopédiatrie du Chu Haut-Lévêque de Pessac, dans la banlieue bordelaise. A cinquante ans tout juste, Dominique Martin démissionne de son poste de chef de service : « Je n’opérais plus, passais mon temps à rédiger des rapports administratifs ou en réunions. » Le couple part alors vivre à Marseille, ville de cœur de Dominique, où il poursuit sa vie de magicien bénévole. « Je fais un spectacle dans une salle commune puis je vais voir ceux qui doivent rester confinés dans leur chambre parce qu’ils sont trop faibles, contagieux ou entravés par les appareils médicaux. » 
La magie en milieu hospitalier est lourde de contraintes sanitaires et psychologiques. Martingale doit parfois porter un masque, des gants ou une combinaison. Impossible alors d’escamoter quoi que ce soit dans ses manches ! Il doit aussi veiller à ne pas donner à un enfant immunodéprimé une balle qui vient de passer dans un service de maladie infectieuse, par exemple. « Mais le plus dur, c’est de voir un môme sourire à nos tours tout en sachant qu’il n’a que peu de temps à vivre, souffle le magicien. Lui offrir l’une de ses dernières petites joies est à la fois une satisfaction et une épreuve. »
Cette année, l’un de ses amis a, avec son aide, lancé une association de magie à l’hôpital à Bordeaux. « Elle compte déjà huit prestidigitateurs, se félicite-t-il. C’est une grande fierté de faire des émules ! » 
Entre deux tours de passe-passe, Martingale enfile sa tenue de chirurgien plusieurs fois par an au profit d’associations humanitaires qui viennent en aide aux malades du noma. Des missions qu’il achève toujours par un spectacle de magie. « Pendant que je suis en Afrique, personne ne vient voir les petits hospitalisés de Marseille, regrette Dominique Martin. Je rêve qu’un magicien vienne frapper à ma porte pour proposer de m’épauler. » Mais les candidats sont rares, car il faut du temps pour apprendre assez de techniques et être capable de captiver aussi bien un bébé qu’un adolescent, être généreux et surtout ne pas redouter la confrontation avec la souffrance.

« Mais quelle récompense au final ! Je me sens tellement heureux lorsque j’apporte ces moments de joie. J’ai une vie extraordinaire et je souhaite la même à tout le monde. »

Dominique Martin est un homme… magique.