Une étude de l’association Générations Futures montre que nous sommes quotidiennement exposés à des résidus d’insecticides contenant des organophosphorés et des pyrèthrinoïdes, suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. D’après les analyses réalisées par l’association, on en trouve dans 75% des produits alimentaires à base de blé dur : biscuits fourrés, céréales au chocolat, pain de mie, brioches, croissants, pâtes… La contamination proviendrait des silos agricoles où les céréales sont traitées afin d’être stockées. Seule bonne nouvelle : aucun aliment ne dépasse les limites maximales admissibles de résidus. Des traces d’organophosphorés et de pyrèthrinoïdes ont aussi été décelées dans de nombreux produits domestiques : sprays anti-poux, literies anti-acariens, plaquettes anti-mouches, bombes contre les pucerons, colliers anti-puces, etc. « Il faut retirer du marché les produits que l’on soupçonne d’être des perturbateurs endocriniens sans attendre d’avoir la preuve de leur toxicité sur l’homme dans 20 ou 30 ans », affirme François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

Une dangerosité évaluée au « cas par cas »

C’est mal parti. En effet, dans un rapport publié mercredi 20 mars sur la sujet, l’Agence européenne de sécurité sanitaire (Efsa) considère qu’« Il n’existe pas de critère scientifique spécifique défini pour distinguer les effets nocifs potentiels des perturbateurs endocriniens par rapport à une régulation normale des fonctions corporelles, ou « réponses adaptatives ». Des experts doivent évaluer le poids des éléments probants disponibles au cas par cas ». En attendant, l’Efsa propose de distinguer les substances endocriniennes actives et les perturbateurs endocriniens qui ne seraient pas toxiques, une manière en quelque sorte de noyer le poisson et, par la même occasion, le poison. « Dans son avis, l’Efsa souhaite qu’un perturbateur endocrinien soit défini sur la base de preuves d’effets nocifs, d’une part, de preuves de mode d’action endocrinien, d’autre part, et de preuves de liens de causalité entre les deux… tout en soulignant que le terme d’effets nocifs ne dispose pas non plus d’une définition, commente Yannick Vicaire, chargé de mission au Réseau Environnement Santé. C’est le Père Ubu au secours de l’immobilisme ». Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui miment ou bloquent le fonctionnement de nos hormones et qui sont mises en cause, par de nombreux spécialistes, dans le développement de nombreuses maladies (cancers hormonaux dépendants, troubles de la fertilité, du métabolisme, du comportement, pubertés précoces, diabète…). Ils pourraient être particulièrement délétères sur le foetus et les enfants. Par ailleurs, on ne sait pas quels sont les effets sur l’organisme du mélange de substances auquel nous sommes exposés tout au long de la vie.