Cinq ans. Cinq ans déjà que le Collectif pour une réa à Manosque se bat afin que l’agence régionale de santé (Ars) autorise l’ouverture de huit lits de réanimation (1) à Manosque, dont le bassin de population atteint 117 000 personnes – 250 000 en période estivale…
Une cause que la Mutuelle de France 04-05 soutient, mais qui est aujourd’hui dans l’impasse, en dépit de l’intense travail d’information réalisé, des 60 000 signatures recueil­lies par la pétition lancée par le collectif, du soutien des collectivités territoriales des Alpes-de-Haute-Provence… Sans compter les multiples demandes de rendez-vous avec l’Ars restées sans réponse et les rencontres avec les différents préfets infructueuses.
Après la période de réserve imposée par les élections municipales et européennes, Jean-François Pellarrey, président du collectif, est décidé à remonter au créneau et à accélérer le tempo de cette bataille, convaincu que des vies humaines sont en jeu : « On sait aujourd’hui qu’il y a un risque de décès accru pour les patients qui sont hospitalisés en réanimation tardivement, faute de lits disponibles. A Manosque, l’ouverture de ces huit lits de réanimation permettrait de sauver des vies chaque année », assène-t-il.
L’argument s’appuie notamment sur une étude menée en 2012 par le Chu de Poitiers à la demande du ministère de la Santé (2). « 4 000 à 5 000 familles vont s’installer dans ce bassin de vie dans le cadre des différentes activités induites par le projet Iter [création d’un réacteur nucléaire expérimental près du Cea de Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône]. C’est totalement irresponsable de ne pas prévoir un service de réanimation, d’autant que notre hôpital est référent pour Iter », s’indigne-t-il. Et de rappeler que l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), dans un rapport de 2011, avait conclu à la nécessité de sept lits de réanimation sur ce territoire…
Le collectif a estimé à 300 le nombre de personnes par an qui relèveraient d’un tel service : « Aujourd’hui, on les envoie à Aix ou à Marseille au sein de services saturés, et les familles sont contraintes de faire 100 kilomètres pour voir leurs malades, poursuit le président. Un médecin met entre deux et six heures pour placer un patient en réanimation dans la Région. Cela occasionne 20 décès supplémentaires chaque année. Personne ne conteste ces chiffres ! Ceux qui s’opposent à l’ouverture de ce service sont complices. »
Jean-François Pellarrey n’a pas oublié la promesse de Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, interpellé par le collectif lors de sa venue en juillet 2012 à Forcalquier : « Il s’était engagé à transmettre notre demande à la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Une promesse restée sans effet, que nous allons lui rappeler. » Il faut dire que la Région Paca a payé un lourd tribut à la loi « Hôpital, patients, santé et territoires » : sur ses 45 services de réanimation, une dizaine doivent être supprimés d’ici à 2016… Dans les Hautes-Alpes, le projet régional de santé a prévu un seul service de réanimation – à Gap –, et donc fermé le service de l’hôpital de Briançon. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, si les six lits sont maintenus à Digne-les-Bains, l’Ars, arguant de sa faible activité, est en revanche formelle, l’hôpital de Manosque ne sera pas doté d’un service de réanimation.
« Faire des économies sur la santé des gens, ce n’est pas acceptable, tonne Jean-François Pellarrey. Cette politique a un coût social et humain trop lourd, et elle met en danger la population. » Le 29 juillet dernier, le collectif a enfin pu rencontrer Patricia Willaert, préfète des Alpes-de-Haute-Provence, afin d’évoquer ce dossier crucial : « En fin d’entrevue, nous lui avons indiqué que nous comptions sur elle pour qu’elle appuie notre demande de rencontre avec la ministre des Affaires sociales et de la Santé sur ce sujet », a rapporté Jean-François Pellarrey. De son côté, la préfète s’est engagée à transmettre l’ensemble des éléments à son autorité de tutelle et à Marisol Touraine…

(1) Les services de réanimation sont les seuls services hospitaliers dont l’ouverture dépend d’une autorisation de l’Ars.
(2) Etude financée par le Chu de Poitiers et soutenue par un programme hospitalier de recherche clinique (Phrc), dont les résultats ont été publiés dans l’édition en ligne du 16 février 2012 de l’American Journal
of Respiratory and Critical Care Medicine.