Santé

Tout a commencé à Caumont-sur-Durance (Vaucluse), un village de 4 700 habitants. Véronique Debué-Sacavini, adjointe aux affaires sociales, constate que de nombreux Caumontois renoncent à se soigner ou s’endettent pour régler des soins dentaires, car ils n’ont plus les moyens d’avoir une mutuelle. Alors une idée germe. Et si la municipalité créait un contrat de complémentaire collectif pour les habitants qui en ont besoin et le souhaitent ? Après consultation de la population, 270 personnes se disent intéressées. Un an plus tard, elles adhèrent à la jeune mutuelle municipale, pour laquelle elles vont s’acquitter d’une cotisation de 47 euros par mois, bien moins que si elles avaient souscrit chacune à titre individuel. L’idée n’est pas nouvelle. En 2011 déjà, l’association Atd Quart-Monde avait créé une mutuelle de groupe pour les personnes précaires (lire ci-dessous). Et d’autres villes s’engagent dans cette voie. A La Bastide-des-Jourdans, 1 400 âmes, une autre petite commune du Vaucluse, la municipalité y travaille : « Je suis infirmière. Dans mon métier, je vois de plus en plus de personnes, même actives, qui n’ont pas de mutuelles, explique Julie Garbarino, élue au conseil municipal.
Cela me choque profondément, car c’est l’accès aux soins qui est remis en cause. Créer une mutuelle, à l’image de celle de Caumont-sur-Durance, c’est une mesure sociale : sans, on ne peut pas se soigner. » La jeune femme fait alors une démarche auprès des habitants pour savoir combien seraient prêts à souscrire. 110 se disent volontaires. Parmi eux, 60 % de retraités et 40 % d’actifs. « Nous attendons les propositions de différentes mutuelles et espérons pouvoir démarrer en janvier. »  Aujourd’hui, une quinzaine de villes françaises, et pas des moindres, travaillent à ce type de projet. Bordeaux et Paris étudieraient la question. Une évolution qui n’est pas une surprise. Les municipalités sont confrontées à la précarisation de leurs habitants et constatent qu’il leur est de plus en plus difficile d’accéder aux soins… Et ce phénomène va encore s’amplifier avec la généralisation de la complémentaire santé en entreprise prévue pour 2016. Les salariés actifs, plus aisés et en meilleure forme, seront mutualisés et bénéficieront d’une couverture complémentaire santé obligatoire moins chère, car subventionnée par l’Etat. Hors entreprise, les retraités et les chômeurs, au pouvoir d’achat moindre et aux problèmes de santé plus importants, devront continuer à souscrire à leur compte des mutuelles dont les tarifs seront plus élevés. Beaucoup devront y renoncer.
Cette situation pose toutefois de nombreuses questions, comme le souligne Noël Florentin, de Mutuelle Entrain : « Le besoin est réel et les compagnies d’assurances à but lucratif l’ont bien compris. Des courtiers proposent ainsi aux municipalités des contrats clés en main pour leurs administrés et en profitent pour récupérer des parts de marché sur le dos des personnes en difficulté. »