L’Ocde a publié jeudi 21 novembre son panorama de la santé pour 2013. Avec la crise, la plupart des pays ont rédut leurs dépenses de santé et de protection sociale.

Près de six ans après le début de la crise financière et économique mondiale, la situation économique est très variable selon les pays de l’Ocde, entre l’amorce d’une reprise aux États-Unis, au Canada et au Japon, et des perspectives toujours moroses dans de nombreux pays européens. Après une période où, dans le cadre des plans de relance, des ressources importantes ont été allouées aux programmes de protection sociale, le retour à des mesures visant à rétablir l’équilibre budgétaire se traduit souvent par des coupes sombres dans les dépenses. À l’image d’autres postes de dépenses publiques, le secteur de la santé subit aussi des restrictions budgétaires dans de nombreux pays de l’Ocde.
La crise économique a eu de profondes répercussions sur la vie des citoyens partout dans le monde et a mis à l’épreuve la résistance des familles à mesure que leur patrimoine et leur revenu diminuent. Des millions de gens ont perdu leur emploi et des millions d’autres ont des difficultés financières. L’effet combiné de la crise, des coupes budgétaires et des réformes récentes des systèmes de santé a contribué à une grande incertitude concernant la santé et le bien-être des populations dans de nombreux pays de l’Ocde.

Récession et coupes budgétaires

Depuis 2008, la progression des dépenses de santé s’est considérablement ralentie dans quasiment tous les pays de l’Ocde. Après des années de hausse continue de plus de 4 % par an, les dépenses de santé dans l’ensemble de l’Ocde n’ont progressé en moyenne que de 0.2 % entre 2009 et 2011. Elles ont reculé dans 11 des 34 pays membres sur la même période, par rapport à leur niveau d’avant la crise. Sans surprise, les pays les plus durement frappés par la récession sont aussi ceux où les coupes budgétaires ont été les plus fortes. La Grèce et l’Irlande ont ainsi subi les baisses les plus importantes, respectivement de 11.1 % et 6.6 % entre 2009 et 2011. L’augmentation des dépenses de santé a également nettement ralenti dans d’autres pays tels que le Canada et les États-Unis. Seuls Israël et le Japon ont enregistré une accélération de la hausse de leurs dépenses de santé depuis 2009.

Dans le but de maîtriser ou de réduire les dépenses publiques de santé, les pays ont entrepris de diminuer les prix des biens et services financés publiquement, notamment les prix des médicaments. Les pouvoirs publics ont aussi visé les dépenses hospitalières à travers des restrictions budgétaires et des coupures de salaires. Plusieurs pays, notamment la Grèce, l’Irlande, l’Islande et l’Estonie, ont réduit les salaires des personnels infirmiers ainsi que des généralistes salariés. Les dépenses de prévention et de santé publique ont subi également des coupes depuis 2009. De plus, les patients doivent maintenant assumer une plus grande part des dépenses de santé dans plusieurs pays de l’Ocde.

Suicide en hausse, tabac et alcool en baisse

Quel a été l’impact de la crise sur la santé ? Les résultats sont contrastés. Par exemple, si les taux de suicide ont légèrement augmenté au début de la crise économique, ils semblent s’être stabilisés depuis. Il semble également que le long déclin du taux de mortalité infantile se soit inversé en Grèce après la crise. Ce ne sont pas là de bonnes nouvelles. Mais d’autres indicateurs sont plus positifs : le nombre de personnes tuées dans des accidents de voiture a baissé, par exemple. Ces décès dus aux accidents de la route ont diminué régulièrement dans la plupart des pays de l’OCDE, mais le rythme de ce recul s’est accéléré après 2008 dans certains pays durement touchés par la crise, en partie du fait qu’une réduction de l’activité économique signifie qu’il y a moins de voitures sur les routes, et donc moins d’accidents.

La crise a aussi possiblement entraîné des changements de comportement ayant une incidence bénéfique sur la santé. La consommation d’alcool et de tabac a notamment reculé dans plusieurs pays de l’OCDE immédiatement après le début de la crise. Cette évolution s’inscrit dans une tendance de long terme dans la plupart des pays, mais le recul de la consommation s’est accéléré, notamment en raison du double impact de la baisse des revenus et de politiques plus restrictives. Reste à savoir si ces gains pourront être préservés lorsque la reprise s’amorcera et que le budget des ménages repartira à la hausse.

Prévention en berne

La direction des politiques prises dans certains pays soulève des inquiétudes. Par exemple, la prévention constitue souvent un moyen plus efficace d’améliorer la santé que de dépenser de l’argent dans le traitement des maladies. Toutefois, les dépenses au chapitre de la prévention ont été réduites depuis 2009 (même si elles ne représentent que 3-4 % des dépenses totales de santé). Un exemple des conséquences de ces coupes budgétaires est la hausse spectaculaire du nombre de nouveaux séropositifs parmi les toxicomanes par injection à Athènes, en Grèce, depuis 2010. Bien que les programmes de substitution aux opiacés et d’échange de seringues se soient développés depuis ce constat, les premières mesures étaient bien loin d’atteindre les niveaux d’accès recommandés, illustrant les effets potentiels à long terme sur la santé et sur les dépenses lorsque des programmes de prévention offrant un bon rapport coût/efficacité ne sont pas pleinement mis en œuvre. Les coupures budgétaires touchant les programmes de prévention de l’obésité et de consommation nocive d’alcool et de tabac reflètent souvent des économies de « bouts de chandelle ».

L’accès aux soins en danger

La réduction de l’offre de services de santé et les changements dans les modes de financement des services ont également eu des répercussions sur l’accès aux soins. Après des années de diminution constante des temps d’attente, les délais pour certaines interventions chirurgicales se sont à nouveau accrus légèrement au Portugal, en Espagne, en Angleterre et en Irlande. Les habitants de pays tels que la Grèce et l’Italie sont plus nombreux à renoncer à des soins en raison de difficultés financières, reflétant une réduction du revenu des ménages, mais aussi peut-être l’augmentation de la part des coûts restant à leur charge. Les personnes qui ont les revenus les plus modestes sont les plus touchées, même si ce sont elles qui sont les plus susceptibles d’avoir les besoins les plus importants en matière de santé et qu’elles risquent de renoncer à des médicaments prescrits ou des examens médicaux de routine en cas de maladie chronique. Cela risque d’avoir des conséquences sanitaires et économiques à long terme sur les groupes les plus vulnérables.