Pascal Champvert est le président de l’Association des directeurs d’établissement d’hébergement pour personnes âgées (AD-PA)

Jean-Paul Panzani
président de la Fédération des mutuelles de France

« Solidaire tout long de la vie »

Prendre en charge la dépendance, qu’est-ce, sinon garantir
à chacun les conditions de son autonomie, de sa liberté
et de sa dignité tout au long de son existence ? Notre société nous apporte-t-elle toutes ces garanties ? Certainement pas. Personne
ne pouvait s’imaginer qu’un jour et si rapidement nous serions confrontés à cette révolution des âges.

A qui faut-il s’en remettre ?
A nous-mêmes, en étant prévoyant pour nos vieux jours qui seront plus longs ?
A notre famille, sur laquelle nous devons pouvoir compter comme elle a toujours
pu compter sur nous ? A l’Etat, qui nous doit protection ? A la Sécurité sociale, dans la mesure où la dépendance est un risque social au même titre que la maladie ou la vieillesse ?

Toutes ces questions sont légitimes. Elles disent l’ampleur des moyens et des intervenants qu’il faudra mobiliser pour relever le défi de la prise en charge de la dépendance.

Devant une question sociale aussi nouvelle nous sommes, les uns et les autres, dans la position de donner des réponses neuves et de les construire dans la délibération publique.

Je regrette, pour ma part, que la concertation officielle organisée par le gouvernement
soit aussi institutionnelle et aussi peu ouverte sur la société, alors que les questions en jeu interrogent chacun de nous dans ce qu’il a de plus profondément intime et personnel.

Les réponses devront être nouvelles. La prise en charge de la dépendance, dans un cadre
de protection sociale, ne se résume pas au versement d’une rente. Elle exigera d’accompagner les personnes concernées pour les aider à rester autonomes, libres et dignes. Les conditions de cet accompagnement n’existent pas encore à la dimension nécessaire pour répondre
aux attentes d’autonomie et aux besoins de prise en charge quand deviennent défaillantes
la volonté de l’esprit ou les capacités de l’organisme. La mutualité entend s’impliquer dans
la construction de ces réponses nouvelles, mais sur la base de valeurs fortes.

La mutualité fait très clairement le choix de la solidarité nationale. Elle fait le choix d’un financement collectif assis principalement sur la richesse produite et sur une fiscalité équitablement répartie, c’est-à-dire progressive, sans niches fiscales injustifiées et sans bouclier fiscal. La mutualité
fait le choix d’être complètement partie prenante, avec des prestations complémentaires
et un accompagnement des personnes, d’une prise en charge solidaire de la dépendance.

Pascal Champvert
Président de l’Association des directeurs d’établissement
d’hébergement pour personnes âgées (AD-PA)

Quel serait le meilleur modèle pour
la prise en charge de la dépendance ?

Parler de prise en charge de la dépendance est déjà une formulation idéologique.
C’est dire : les vieux coûtent cher.
Je préfère parler de prestations
pour l’autonomie des personnes fragiles.

Que proposez-vous ?

Je suis favorable à la convergence de l’aide aux personnes âgées
avec celles destinées aux personnes handicapées. Mais ce n’est pas
une hypothèse de travail du gouvernement. Les professionnels
du secteur réclament plus de personnel. Un rapport de la Cour
des comptes le soulignait dès 2005 : les besoins des personnes âgées
ne sont couverts qu’à 50 %. Il faut que les familles cessent de s’épuiser physiquement et financièrement. Le coût d’une maison de retraite
est de 2 200 euros par mois, alors que le revenu moyen des retraités est de 1 100 euros. Les services à domicile sont de plus en plus chers, alors les familles en réduisent les heures et prennent sur elles.

Qui va financer ?

Dans tous les cas, ce seront les Français. La question est de savoir
si on veut faire en sorte que ce financement soit équitable en faisant appel à la solidarité nationale – tout le monde cotise – ou si on laisse les familles se débrouiller. Je suis pour un socle de solidarité de haut niveau, et totalement contre un recours sur succession. Les familles seraient confrontées à la dépendance et spoliées de leur héritage. Quand une personne âgée est malade, elle est soignée et couverte
par la Sécurité sociale. On ne lui demande pas d’entamer
son patrimoine. Pourquoi pénaliser les malades d’Alzheimer ou les très vieilles personnes ? En termes de justice sociale, c’est inadmissible.

—–

Danièle Hoffmann-Rispal
députée de paris, membre de la mission parlementaire sur la dépendance

Y a-t-il pour vous un modèle idéal à construire ?

Le modèle idéal, je ne le connais pas. En tout cas, je me refuse à parler de dépendance. Nous devons parler d’un débat sur l’allongement de la vie. Aujourd’hui, la question ne porte que sur le coût de la dépendance. On prend le problème à l’envers. Définissons d’abord les besoins de notre société. Ensuite, chiffrons-les.

La question du mode de financement n’est pourtant pas anodine…
C’est vrai, mais sortons du catastrophisme des chiffres. On nous parle de trouver 30 milliards d’euros à l’horizon 2030. Nous dépensons déjà 21 milliards pour ce poste. Aussi, ce n’est pas 30 mais 9 milliards qu’il nous reste à trouver et, en urgence, 1,8 milliard pour soulager les conseils généraux. Rappelons-nous que l’Etat a offert aux restaurateurs 3,3 milliards d’euros avec la baisse de la Tva. Ce que l’on a fait pour les restaurants, ne pouvons-nous
le faire pour nos aînés ? Cela passe par une grande réforme fiscale et par un débat citoyen sur les priorités des Français. Et puis, l’aide aux personnes âgées, ce n’est pas qu’un coût, mais aussi des emplois non délocalisables, créateurs de richesse, qu’il faut également prendre en compte.

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