Dépendance : la Mutualité débat

Quel projet de société voulons-nous pour les personnes âgées en perte d’autonomie ? Quelle place pour la Mutualité dans cette organisation ? C’est pour en débattre que les acteurs de la Mutualité se sont réunis à Lyon, le 24 mai.

« 10 milliards d’euros, c’est le montant du reste à charge supporté par nos concitoyens pour la perte d’autonomie, 8 milliards dans les établissements et 2 milliards à domicile ». Pour Thierry Baudet, président de la Mgen et vice-président de la Fédération nationale de la Mutualité française, de nombreux Français sont dans des situations inadmissibles : « Lorsque le revenu médian en France est de 1 600 euros et que le coût d’un établissement peut atteindre 2 100 euros, on voit bien qu’il y a un problème. Le reste à charge est aussi très important à domicile. Beaucoup de familles sont obligées de réduire leur plan d’aide».

Si l’aide personnelle à l’autonomie (Apa) a représenté une formidable avancée pour les familles, son montant reste largement insuffisant. De plus, il varie selon les départements, créant de fortes inégalités territoriales. « Aujourd’hui, certains départements demandent aux associations de service à la personne de baisser les coûts en personnel pour rentrer dans le cadre du montant de l’Apa. C’est une régression qui précarise les professionnels et diminue la qualité des services », estime André Flageul, président de l’Una, le numéro un des services à la personne à domicile.

Inégalités territoriales

La situation est tendue. Elle le sera plus encore en 2030 lorsqu’entre 1,4 et 1,7 millions de personnes seront devenues dépendantes. Qui va financer les besoins croissants liés à la prise en charge de la perte d’autonomie ?

Pour la Mutualité, il n’y a aucune ambiguïté. C’est à la solidarité nationale de proposer un socle de protection sociale le plus élevé possible. Mais elle refuse d’enfermer le débat sur la seule question du financement.
« Les besoins financiers sont réels, mais ne sont pas insolubles. En taxant les successions et en homogénéisant les taux de prélèvement de Csg (voir encadré) nous arriverons à relever ce défi, estime Etienne Caniard, président de la Mutualité française. Mais la vraie question est plutôt de savoir ce que l’on va faire avec cet argent. Il y a des inégalités territoriales, il faut les combler. Il faut aussi organiser et coordonner. Autour d’une personne dépendante, c’est parfois jusqu’à 30 professionnels qui se relaient. Le principal enjeu est donc la mise en cohérence et l’appui aux professionnels qui interviennent dans ce domaine. Et bien sûr, il faut agir sur la prévention qui, en matière de dépendance, peut avoir des résultats rapides et spectaculaires ».

Propositions concrètes

Thierry Baudet est d’accord : « Si nos adhérents nous attendent sur le reste à charge financier, ils souhaitent aussi qu’on les informe, qu’on les oriente, qu’on les accompagne dans la gestion de leur capital santé, que nous soyons acteurs à leur coté. Les aidants aussi attendent beaucoup de nous. Deux sur trois sont des femmes ».
Avec un réseau de 2 500 établissements, services à domicile et dispositifs de prévention, la Mutualité française est un acteur majeur du secteur sanitaire et social. La Fnmf entend donc bien peser sur le débat national. Pour cela, elle fera des propositions concrètes sur la prise en charge de la perte d’autonomie en octobre afin de faire en sorte que la question sociale ne soit pas oubliée lors de la campagne présidentielle.

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