Comment vont les jeunes ?

Ils se voient en « génération sacrifiée », alors que leurs aînés considèrent qu’ils sont débauchés
et égoïstes.

Etat des lieux de la jeunesse.
Le défi du premier emploi

Les jeunes d’aujourd’hui ont l’impression de ne pas être nés à la bonne époque. Leurs parents, pensent-ils, ont eu la chance de profiter des avancées soixante-huitardes et leur jeunesse a été plus confortable. « Avant, ceux qui faisaient des études avaient plus de facilités pour accéder à l’emploi », estime Marc, vingt-quatre ans, titulaire d’un master en relations internationales et géopolitique. Quand nous l’avons rencontré, ce jeune diplômé cherchait un emploi depuis six mois. « On me répond que je n’ai pas assez d’expérience. Quelque part, c’est justifié, mais si on ne nous donne pas les moyens d’acquérir de l’expérience, on ne risque pas d’en avoir… » sourit-il. Il envisage de se réinscrire en faculté afin d’accéder à des stages.

Marc n’est pas un cas à part. Le taux de chômage, de 9,2 % à l’échelon national, atteint 22,8 % [fn]Chiffres Insee, février 2011[/fn] chez les 15-24 ans. Si les années 1970 ont effectivement été plus faciles, avec un taux de chômage de 5 % pour les jeunes diplômés, depuis 1980, ce taux n’est jamais redescendu sous les 15 %…

Du fait de l’allongement de la durée des études et de la difficulté de trouver un premier emploi, les jeunes sont la catégorie la plus touchée par la précarité : un sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Conséquence directe : le report de la prise d’indépendance. « Je fais des petits boulots alimentaires de temps en temps, mais heureusement mes parents nous aident », confie encore Marc, qui loue un appartement avec sa petite amie.

Une santé sacrifiée

« Il m’est arrivé plusieurs fois d’être malade et de ne pas pouvoir consulter. Maintenant que je gagne un Smic, la question va moins se poser mais, étudiante, j’avais tout juste de quoi payer le loyer. » Emilie, vingt-six ans, va rarement chez le médecin. Cela fait plus de cinq ans qu’elle n’a pas consulté de gynécologue, plus de dix ans pour le dentiste : trop onéreux pour son maigre budget. Comme elle, en 2010, 15 à 20 % des étudiants ont renoncé à des soins essentiels pour raisons financières, et seules 43 % des étudiantes ont consulté un gynécologue.

Pourtant, d’après la dernière enquête de la mutuelle des étudiants (Lmde), 82 % des étudiants se disent en bonne santé. « Ce chiffre positif cache une réalité contrastée, estime Nicolas Souveton, président de l’Observatoire expertise et prévention pour la santé des étudiants. Les jeunes acceptent de plus en plus de choses. Ainsi,ne pas se soigner quand on a la grippe est aujourd’hui devenu normal. »

Il existe pourtant des solutions au sein même des universités. Les services universitaires de médecine préventive et de promotion de la santé (Sumpps) proposent des consultations de généralistes et de spécialistes gratuites à tous les étudiants. Mais ces structures restent trop méconnues.

Des individualistes solidaires

Pour sept Français sur dix, les jeunes seraient individualistes [fn]D’après une étude réalisée en 2009 par Audirep pour l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev).[/fn]. Ils ne penseraient qu’à eux, seraient intolérants, peu disposés à aider la société… Le fait est que, dans ce domaine, la jeune génération diffère des précédentes. D’après une étude de la Fondation pour l’innovation politique, 39 % des jeunes Français déclarent ne pas vouloir payer pour les retraites de leurs aînés, et ils ne sont que 17 % à souhaiter militer dans un parti. Si la conscience politique existe toujours, elle reste dans la sphère privée, avec un rejet des « systèmes de pensée trop rigides », constatait Odile de Laurens, présidente de l’observatoire de la Fondation de France, en 2007. « J’ai mes propres idées, mais j’ai envie de rester indépendant », confirme Marc. Désabusés, les jeunes ne croient plus aux partis (84 % se fient peu ou pas aux politiques), mais placent leurs espoirs dans les associations (85 % leur font confiance). Pour autant, leur engagement reste limité. D’une part du fait de leur situation économique, mais aussi parce qu’ils privilégient des actions ponctuelles et personnelles : signature de pétitions, actes de charité, manifestations… La Fondation de France a fini par trouver le terme juste pour qualifier les jeunes du xxie siècle : « individualistes solidaires ».

Plus sages qu’on ne le croit

Binge drinking, apéros Facebook… Selon bien des gros titres des médias, les jeunes ne penseraient qu’à s’enivrer. « Ça permet d’éviter des sujets plus sensibles, comme le mal-être. On a monté le thème de l’alcool en épingle, dénonce Christophe Moreau, sociologue et coauteur de La Fête et les Jeunes [fn]Editions Apogée, 19 euros.[/fn]. Depuis l’Antiquité, on dit que les jeunes sont plus dépravés qu’avant. » Or, seuls 5 à 10 % seraient concernés par la dépendance. «  Pour eux, le problème principal est le mal-être. Ils recherchent un oubli de soi », assure le sociologue. Les jeunes aujourd’hui boivent moins que leurs aînés en leur temps, mais il est vrai qu’ils recherchent plus l’ivresse. « Ils boivent de façon plus festive. Il y a une ébriété, mais pas de désocialisation », tempère Christophe Moreau.

Quant au cannabis, un tiers des étudiants confient en avoir déjà consommé, et 3 % en prendre régulièrement.
Enfin, si les jeunes sont considérés toujours plus précoces en matière de sexualité, l’âge médian du premier rapport n’a pourtant pas bougé depuis trente ans chez les garçons (17,2 ans) et n’a baissé que d’une année pour les filles (17,6 ans) [fn] Institut national d’études démographiques 2006.[/fn].