Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais derrière les chiffres se cache une réalité plus complexe. D’abord parce que l’écart d’espérance de vie entre les deux sexes se resserre, ensuite parce que leur qualité de vie n’est pas forcément à la hauteur.

Elles sont belles, intelligentes, sexy, nous disent les magazines… Elles bossent comme des folles et trouvent quand même le temps de faire des bébés, au point que la France détient le record européen de la fécondité… Elles sont au hit-parade de la longévité dans le monde, juste derrière les Japonaises… Pour autant, les Françaises vivent-elles mieux que les hommes ? Pas sûr. Car, si elles gagnent presque 7 ans de vie supplémentaires par rapport à eux (84,5 ans contre 77,8 ans), l’écart d’espérance de vie en bonne santé, lui, n’est que de deux ans. Pas de quoi se pavaner, mesdames, surtout que les garçons rattrapent leur retard : ces dix dernières années, ils ont grignoté trois ans de vie en plus, tandis qu’elles n’en ont récupéré que deux. Autre indicateur : à âge égal, les hommes se sentent en meilleure santé et déclarent moins de maladies que les femmes. « Il faut nuancer, car les femmes ont tendance à être plus inquiètes de leur santé que les hommes. Elles vont plus souvent chez le médecin, ne serait-ce qu’à cause de la contraception, de la grossesse, du suivi des enfants et de la ménopause. Ce sont même elles, souvent, qui poussent leurs maris à faire attention à eux ou à consulter, souligne Dominique Hénon, coordinatrice d’un récent rapport du Conseil économique et social sur “La santé des femmes en France”. Malgré tout, c’est vrai qu’elles sont épuisées. Elles assument énormément de responsabilités. Entre leur travail – où elles cumulent les emplois les moins qualifiés et où leurs spécificités, en termes d’exposition aux risques, ne sont pas prises en compte – et la maison, où elles prennent quasiment tout en charge de manière invisible, elles font des doubles journées. A la longue, cela finit par peser sur la santé. » Des risques de santé mal pris en compte Certains problèmes sont, par ailleurs, insuffisamment prévenus. Ainsi, le taux de mortalité des Françaises à l’accouchement est un des plus élevés d’Europe. En cause, des hémorragies majoritairement, mal prises en charge par les médecins. L’anorexie, qui touche à 90 % des filles, est également mal repérée, tout comme les troubles du sommeil, dont disent souffrir 26 % des adolescentes. Dans le même ordre d’idées, on estime que moins de la moitié des femmes ayant une ostéoporose avérée sont suivies car, pour être remboursée à 100 %, l’ostéodensitométrie doit répondre à des critères très complexes que les professionnels de la santé ne connaissent pas forcément. D’autres points noirs fragilisent les filles. La cigarette, notamment. On l’a remarqué, si les hommes arrivent à décrocher du tabac, les femmes, elles, ont du mal. Entre 2005 et 2010, les fumeuses de 45 à 64 ans sont passées de 16 à 22,5 %. Conséquence, depuis 2000, les décès par cancers du larynx, des poumons et des bronches ont augmenté de 40 % chez les femmes de moins de 65 ans. « Indépendamment de l’émancipation, le stress joue un rôle dans cette addiction, analyse Dominique Hénon. La réorganisation du travail a supprimé les temps de pause. Or, pour beaucoup de salariées aujourd’hui, fumer, c’est s’arrêter de bosser quelques minutes, s’autoriser à discuter avec ses collègues, autrement dit, souffler un peu. » Histoire de faire comme les garçons, les femmes ne se contentent pas de fumer, elles boivent. Trois fois moins qu’eux, certes, et occasionnellement, mais pas toujours. Signe des temps, c’est d’ailleurs chez les femmes cadres que l’alcoolisme se développe. Une manière comme une autre, peut-être, de tenir. De fortes inégalités sociales Reste que toutes les femmes ne sont pas à égalité. Malgré l’alcool, celles qui sont cadres peuvent espérer vivre trois ans de plus que les ouvrières. De même, l’obésité touche presque quatre fois plus les non-diplômées. Les inégalités sociales font aussi que les femmes de condition modeste recourent moins souvent à la prévention et au dépistage que les plus favorisées et qu’elles renoncent plus fréquemment à se soigner que les hommes (16,5 % contre 11,7 %). Enfin, rançon de leur grande espérance de vie, les femmes ­représentent les deux tiers des malades d’Alzheimer, la prévalence de cette maladie augmentant après 80 ans, et plus de la moitié des plus de 75 ans finissent leurs jours seules. Cerise sur le gâteau : elles sont aussi plus pauvres. Et l’allongement de l’âge de la retraite va accentuer la tendance. Déjà que la pension d’un retraité est de 38 % supérieure à celle d’une retraitée, les femmes ont du souci à se faire… A lire également :