Comment vieillir avec le VIH ?

En France, 10.000 personnes de plus de 60 ans (soit 10% de l’ensemble des patients) vivent avec le virus du sida et, après des années au contact de l’infection, s’inquiètent pour leur devenir.

Avant l’arrivée des trithérapies, en 1996, la question était de survivre et non de vieillir avec le VIH. « Aujourd’hui, les personnes séropositives sous traitement peuvent vivre presque « normalement » mais sont confrontées à de nouvelles inquiétudes face à leur vieillissement », souligne l’association Aides qui a organisé une conférence sur le vieillissement à Paris, les 18 et 19 avril.

La santé tout d’abord : les pathologies liées au vieillissement apparaissent à partir de 50 ans alors que la moyenne est de 65 ans pour la population générale. Les ressources et les droits sociaux ensuite, puisque beaucoup de ces personnes se sont retrouvées dans un état de précarité matérielle potentiellement amplifié par le vieillissement. Leurs inquiétudes sont nombreuses : vais-je trouver une maison de retraite sero-friendly ? comment renouer avec le désir sexuel ? sur quel entourage et soutien au quotidien vais-je pouvoir compter ?

Selon la Direction générale de la santé, on estime que 10.000 à 11.000 personnes de plus de 60 ans (soit 10% » de l’ensemble des patients) vivent avec le VIH en se sachant séropositif, et seulement une centaine, résident dans une maison de retraite médicalisée ou « Ehpad ».

La DGS a interrogé un panel de 54 personnes ayant pour la plupart entre 60 et 70 ans. Il s’agit d’une population en majorité masculine, avec seulement 23% de femmes (contre 35% chez les moins de 60 ans), et une situation moyenne (revenus…) meilleure que celle des moins de 60 ans. Ils ont connu un période économique plus favorable et pouvaient déjà avoir « une situation » au moment où ils ont contracté le virus (pour les plus jeunes, au moins à 30 ou 35 ans).

Ceux qui ont travaillé toute leur vie bénéficie d’une retraite convenable, disposent souvent d’un logement. En revanche, les ressources de la majorité des femmes interrogées sont significativement plus faibles.

Pour sa part, AIDES a interrogé 52 personnes entre 50 et 71 ans en lien avec l’association, la plupart ayant moins de 60 ans. Elle relève qu’une majorité vit avec moins de mille euros par mois, sous le seuil de pauvreté. Et d’après les 300 séropositifs de plus de 50 ans qui ont répondu à son enquête « VIH, hépatites, et vous? » de 2010, 30% ont un emploi et moins d’un tiers sont propriétaires de leur logement. Un sur cinq a renoncé au moins une fois à une consultation chez un médecin généraliste en raison de son coût et un sur trois au moins une fois à une consultation chez un spécialiste.

Sur la base de ces constats, « reste à définir les mesures à mettre en place pour améliorer la qualité de vie des personnes vieillissantes vivant avec le VIH, en vue d’alimenter le futur grand chantier de la réforme sur la dépendance prévue fin 2013 », souligne l’association Aides.