Comment expliquer que certaines personnes soient davantage en capacité de lutter contre un cancer pendant de nombreuses années par rapport à d’autres? « Tout dépend de la réponse immunitaire », explique Jérôme Galon, directeur de recherche Inserm. Avec son équipe de l’unité « Immunologie et Cancérologie Intégratives » du Centre de recherche des Cordeliers, à Paris, il a montré, dans les cancers colorectaux, que la composition des cellules immunitaires, dans et autour de la tumeur, changeait avec le stade de progression du cancer. Leurs travaux ont été publiés le 17 octobre, dans la revue Immunity.

Le système immunitaire est en effet capable de combattre certaines tumeurs avant qu’elles n’affectent la santé. Pour ce faire, des cellules immunitaires sont mobilisées pour tuer et se débarrasser des cellules cancéreuses. Cependant, il arrive que les cellules tumorales parviennent à survivre à la riposte des cellules immunitaires et s’installent.

C’est en étudiant la façon dont le système immunitaire réagit face aux tumeurs, que les chercheurs ont découvert l’importance de la quantité de certaines cellules immunitaires pour la survie des patients, en particulier celle des cellules T folliculaire-helper (Tfh) et des lymphocytes B.

Leurs observations montrent que les lymphocytes T, Tfh et B forment un réseau de cellules qui communiquent au sein des tumeurs. Les taux élevés de lymphocytes Tfh et B empêchent la progression tumorale et la récidive dans le cas des tumeurs colorectales. Comme chez les patients, les lymphocytes T, Tfh et B contrôlent également le développement tumoral chez des souris atteintes de cancer du côlon.

La réponse immunitaire évolue au cours de la maladie

« Le devenir clinique est très variable chez les patients avec un même stade de cancer. Comprendre pourquoi certaines personnes sont capables de se défendre contre le cancer pendant de nombreuses années est la clé de la lutte contre la maladie, explique Jérôme Galon, directeur de recherche à l’Inserm et auteur de l’étude. En effet, la réponse immunitaire évolue au cours de la progression du cancer. Le paysage immunitaire que nous décrivons dans le cas de tumeurs colorectales permet de comprendre cette évolution pour pouvoir intervenir au bon endroit au bon moment ». 

En comprenant mieux la dynamique de ces cellules, les chercheurs espèrent ainsi identifier de nouvelles stratégies pour mettre au point des traitements immunothérapeutiques ciblés.

Ils ont par ailleurs développé un test, appelé « Immunoscore » qui prédit la capacité du système immunitaire d’une personne à combattre les cellules tumorales. Utiliser l’Immunoscore dans le cadre de l’évaluation pronostique de routine pourrait ainsi fournir de nouvelles informations cruciales de pronostic et de faciliter la prise de décision clinique (y compris guider les décisions thérapeutiques). Un consortium international dirigé par Jérôme Galon a d’ailleurs été lancé en association avec la Société Américaine pour l’Immunothérapie du Cancer (SITC) et un grand nombre d’institutions internationales provenant de dix-sept pays dans le monde, afin que ce nouveau test puisse être couramment utilisé dans les établissements hospitaliers.